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LES ŒUVRES : Leurs oeuvres

 

 RICHARD MILLET

1953 VIAM

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Bibliographie                   

Messagerie : ( Bourgeois.andre@9online.fr ) ( Français seulement, les pièces jointes ne sont jamais ouvertes. )

 

Le délire du réprouvé

 

" ... que nous importent les tortueux chemins qui les ramènent en arrière ? L'essentiel en eux n'est pas qu'ils veuillent revenir en arrière, mais qu'ils veuillent s'échapper. Avec un peu plus de vigueur, d'envol, de courage, de sens artiste, ils voudraient s'échapper au lieu de retourner en arrière. "   Friedrich Nietzsche - Par-delà le bien et le mal (10)

 

    Né à Siam dans le limousin, bercé sous la caresse du patois maternel aujourd'hui mort, élevé en partie au Liban, malheureux pays dévasté par la double fureur musulmane, celle des sunnites Palestiniens d'abord, réfugiés dangereux, celle des chiites fanatiques ensuite, la langue est au cœur de l'œuvre et de la vie de Richard Millet, une langue qu'il déroule en longues phrases à la musique envoutante et triste, la langue française, celle qui cède un peu partout dans le monde et ici même, en France, où elle subit à la fois l'assaut de la médiocrité et de l'acculturation et d'un sabir cosmopolite, l'anglais américanisé de la mondialisation, appauvri, réduit support non d'une domination, mais d'une uniformisation, d'une ruine des cultures nécessaire à l'empire, non des droits de l'homme et de la démocratisation, hochets dont tout le monde rit, comme on pourrait trop souvent le penser en le lisant, mais de leur caricature que véhiculent les ploutocraties occidentales qui ont tout abdiqué au profit des forces du fric, sans âme et sans valeurs, dévastant la planète comme un raz de marée - mot ayant lui-même disparu - jugé peut-être trop dangereux par les images qu'il pourrait laisser subsister. Puissance d'un fric que l'on ne pourrait plus thésauriser mais qui s'entasse en des sommes colossales, positives, en mains privées, qui achètent et vendent tout, détruisant au passage ; négatives, qui pèsent comme une fatalité sur la tête des malheureux citoyens de pays ayant résisté trop longtemps aux yeux de l'Ogre. Richard Millet, qui récuse le terme de provocateur, sera de par sa parole libérée ou non encore menottée, la cible des rassemblements de médiocres dont une belle troupe de gallimardiens - terme qui le scandalise et dont je revendique une paternité peut-être partagée, séduit par sa beauté morbide stigmatisant bien le déclin général au travers de celui d'une ancienne maison qui vit Gide et Malraux, Eluard et Claudel, Drieu la Rochelle et Aragon et bien d'autres ; troupe nouvelle de plumitifs cornaquée par un prix dynamite au rabais, illustration de la triste et pâle élite de remplacement, celle qui donne des cours dans des ateliers d'écriture, elle qui a tant à découvrir et surtout qu'écrire s'apprend avec ce qui lui manque le plus : des tripes !

    Richard Millet est Rédacteur en chef de la Revue Littéraire, une revue des éditions Léo Scheer, qui remplacera avec bonheur vos abonnements au sinistre Magazine Littéraire ou à la malheureuse NNRF, ombre de l'ombre de l'ancienne Nouvelle Revue Française fondée par André Gide !

    L'œuvre de Richard Millet, abondante, domine tristement sans concéder le moindre espace, une vie littéraire sans enjeux, seulement illuminée par quelques auteurs venus d'ailleurs dont j'espère qu'ils ne seront pas happés par un parisianisme moutonnier, bêlant comme il se doit, somnolant de petites coucheries en couples se défaisant, ou de misères édifiantes en triomphes navrants, incapable d'appréhender un réel qui échappe de plus en plus et que les sycophantes de la bien-pensance vont aujourd'hui même traquer jusque dans les bordels tant il est vrai que la seule façon de mourir et de souffrir pour leurs concitoyens doit être, à leur yeux, en silence de faim et de froid, dans les taupinières du 93 ou d'un Marseille nord fliqué flinguant à tout va !

    Il y a bien entendu des idées qui m'agacent chez Richard Millet, il serait triste qu'il en aille autrement, qu'elles existent et crachent à la gueule du monde consensuel son ineptie profonde, me réjouit.

 Un rêve (Mercredi 31 août 2016) Il y a deux jours, j'ai acheté dans une belle librairie de la rue des Écoles à Paris, Province, le dernier roman de Richard Millet qui n'était annoncé que vers le huit septembre. Cette nuit, je rêve que je dois me rendre aux ... Galeries Lafayette pour faire viser ce livre en prouvant que j'ai le droit de lire un auteur aussi dangereux ! Évidemment ce rêve m'interpelle. Pas pour les Galeries Lafayette, magasin où je ne me rends de temps en temps que pour admirer des porcelaines, mais parce que, simple lecteur, traumatisé par le manifeste imbécile de la médiocre Ernaux dont l'ambition littéraire semble être de ressusciter la Liste Otto à moins que ce soit le non moins lamentable CNE du stalinien Aragon, ce n'aurait pas dû être les Galerie Lafayette dont le mercantilisme de luxe est déjà bien trop pour les médiocres, mais un simple supermarché de banlieue style Carrefour ou Auchan, puant la banalité et la médiocrité tant des produits, des marchands que des marchandises ou du style architectural dans lesquels déambulent des foules aveugles, parfois pas très nettes, avides d'entasser des biens inutiles et d'avaler des produits stéréotypés issus d'usines de malbouffe. Si un lecteur qui n'approuve même pas toutes les propositions d'un écrivain persécuté, peut à ce point être touché par la censure, le règne de la médiocrité et de la sottise prétentieuse - surtout dans le cas de Le Clézio - pour qui les bouseux nordiques du Nobel envisageraient la création d'un Prix Nobel des crétins littéraires, (mais ... trop, trop de candidats, surtout en France !) - quel peut-être l'état d'esprit de celui qui est même privé du droit de survivre puisque poursuivi jusqu'à dans sa fonction sociale et professionnelle - et l'on sait que la bonne littérature nourrit rarement ses auteurs alors que les pétitionnaires peuvent prétendre aux postes que la finance réserve aux laborieux de la plume et de la parole qui la servent ? On pleure sur la déchéance de la littérature qui ne joue plus aucun rôle dans la vie sociale ou politique, résultat de l'évolution technique d'une part, de la médiocrité des élites d'autre part. En effet, qu'est-ce qui pourrait distinguer Annie Ernaux d'un banal rappeur ? Certainement pas l'esprit, ni la culture ou l'usage qu'elle en fait ! Elle a à peu près la même envergure intellectuelle qu'un autre gallimardien, Benoît Duteurtre qui assimilait tous les anti-américains (entendez chez ce simpliste : ceux qui n'approuvaient pas, à un moment donné, la politique américaine) à des piliers de bistrots ! On mesure à l'argument la dimension intellectuelle de l'individu ! Et l'on aimerait savoir ce qu'il pense de la succession des médiocres : Bush, Obama et demain Clinton ou Trump à la tête de ce pays, mettant à feu et à sang le Moyen-Orient, précipitant (volontairement ?) les foules musulmanes sur l'Europe et la France laïque, incitant l'Europe au conflit avec Poutine et la Russie son alliée naturelle ou la jetant dans une politique économique de soutient au néo-islamiste fou Erdogan ! Nous voilà loin du rêve, du cauchemar : Annie Ernaux Grande prêtresse de la Censure bien-pensante (en remplacement de la censure juridique à laquelle Flaubert et Baudelaire eurent affaire !) et le bureau de contrôle des ... Galeries Lafayette, j'espère que ce magasin excusera cette errance onirique, le rêve n'étant pas juridiquement condamnable sauf peut-être par Annie Ernaux et ses "98 crétins et 1 égaré".

    (N'est-il pas significatif que ceux qui citaient en exemple un texte de Voltaire sur la tolérance, texte abondamment imprimé contre les islamistes, n'ait rien de plus empressé que de faire le contraire de ce que ce texte recommande ? Hypocrisie du monde servile des intellectuels, hier fascistes ou staliniens, aujourd'hui bien-pensants ce qui ne signifie d'ailleurs pas grand chose ! La bien-pensance offre des places, des situations (celle d'ailleurs qu'occupait- indûment - seuls les signataires impénitents brevetés  y ont droit - Richard Millet chez Gallimard, le fascisme offrait des voyages et de la survie et le stalinisme des vacances dans des datchas sur les bords de la Mer Noire et des droits d'auteur à dépenser sur place.)

 Le délire du réprouvé : Dans un article de la Revue littéraire, (janvier/février 2016) Richard Millet explose tout comme jadis les groupements trotskistes réduits à quelques individus tournaient en rond dans un délire révolutionnaire abstrait qui régulièrement se trompait de cible. Le cas Millet n'est cependant pas aussi simple. Je comprends fort bien les réactions violentes d'un grand écrivain banni par une communauté littéraire dans l'ensemble assez médiocre, mais quelle communauté littéraire du passé n'a pas été elle aussi médiocre dans la plupart de ses éléments de façade ? Quand il fracasse les œuvres insipides, prétentieuses, vides, de beaucoup de ses ennemis littéraires mûs, uniquement par un credo qui sert d'alibi à ceux qui ont tout trahi, on le suit sans hésitation, mais plus quand il cite en exemple de grands écrivains du passé un Cioran, assassin des lettres qui a distillé sa vie durant des maximes faciles destinées à désespérer ses lecteurs dépressifs pour finir dans son lit à 84 ans, ou une Marguerite Duras, grande dame de la banalité - pas la peine de vomir Annie Ernaux si l'on adore Duras qui à la banalité du contenu ajoute celle de la forme. Quand aux auteurs voués aux gémonies, d'accord pour un certain nombre d'entre eux - je ne les connais pas tous, ne le désire pas mon temps étant trop précieux à mes yeux, et ne me prononcerais pas sur certains - mais mettre dans le paquet un Boualem Sansal !!! On regrette que Richard Millet confonde contenu et forme, la seule faute de Sansal est certainement d'avoir signé la pétition imbécile de Ernaux et autres médiocres, dirigée contre lui. A mes yeux Sansal est le meilleur écrivain francophone vivant. Je ne vois pas où Millet voit de la bonne conscience consensuelle dans son œuvre qui est tout sauf cela. Je pense qu'il a trop fréquenté Gallimard et la population certainement aussi déprimante que la NRF actuelle, pour l'essentiel de la rue Gaston ! Richard Millet devrait (re)lire L'Enfant fou de l'arbre creux, une langue flamboyante si bien adaptée à son contenu qui en fait un chef d'œuvre de notre littérature. Qu'il n'apprécie pas 2084, ne m'étonne pas, quel bigot ranci pourrait aimer ce livre qui nous montre l'essence des religions et de leurs pseudo-civilisations ?

    Richard Millet publie son Journal depuis le n° 56 de la Revue Littéraire. Grand amateur de Journaux d'écrivains, je lis peu ceux de nos contemporains qui ne contiennent en général que de bien tristes banalités. Celui de Millet au contraire nous ouvre quelques portes de sa création, nous entraîne dans son monde, ses hésitations, ses angoisses, ses grands thèmes. Sa lecture est intéressante et justifie à elle seule l'acquisition des numéros concernés de cette bonne revue, phénomène aujourd'hui assez rare pour être signalé et dont il est Rédacteur en chef.

Au sujet d'un article du Monde ! (Mais quel Monde ?) Je déteste les bien-pensants quels qu'ils soient pour la simple raison qu'être persuadé que l'on a raison rend con. Jadis, quand j'étais jeune, Richard Millet aurait fait partie de ces bien pensants, non qu'il soit aussi con que l'étaient la bande de valets qui entouraient le Général Frappart, mais parce qu'il se réclame d'une source d'inspiration commune, même si je lui fais le crédit de penser autrement que cette bande de charognards. Aujourd'hui, les bien pensants ne sont plus ces catholiques qui, soyons honnêtes, font plus sourire que peur. Les bien pensants sont au contraire une bonne partie de leurs pourfendeurs qui traquent leur moindre affirmation, la moindre trace de leurs croyances, de peur - c'est toujours la peur qui est à l'origine de la traque - qu'elles ne reprennent le dessus dans le combat des idées. Quand j'ai lu, il y a quelques mois, les premières pages de                     j'ai éclaté de rire et ce rire m'a tenu durant un long moment, durant tout le temps où j'ai imaginé les têtes des coincés de la bonne pensée droidelommesque lisant ces lignes manifestement écrites pour eux et digne de figurer dans une anthologie de la provocation ! Voilà qu'au hasard d'une recherche sur internet, je tombe sur l'article du Monde - Dieu nous protège de tels journaux ! - s'il existe et qu'il le faisait, on pourrait même lui pardonner d'exister - de l'article dudit Monde donc, du 29 juin 2011. Un article signé par une certaine Nicole Caligaris (se dit romancière). La dame parle au nom de la Bonne Pensée, elle peut donc sans crainte du ridicule - les imbéciles ne craignent pas le ridicule, c'est même à cela qu'on les reconnaît - donner des leçons à un écrivain, romancier à ses heures, qui la dépasse de la tête et des pieds. Et quelle leçon ! C'est même un avertissement, une menace ... " Peut-on prendre au sérieux ..." dit-elle, la damoiselle ! Il est clair ainsi, dès l'entrée que l'objet de ses attaques n'est pas sérieux ! " ... un homme qui dans un train, regarde la teinte de la peau des passagers comme un élément significatif, un élément qui le concerne ..." Interdit donc de regarder la peau des autres, et la sienne propre ? A-t-on le droit ? Je pose la question avec inquiétude car je l'avoue, devant cette nouvelle inquisition, j'ignore ce qui m'est encore autorisé ! Est-ce que je peux penser, Madame, ou bien est-ce vous qui vous vous chargez, merci, de penser à ma place ? Votre Gloire est bien bonne ! La peau existe, que l'on en tire une conclusion ou une autre, elle existe et ce n'est ni un scandale, ni une calamité, c'est une réalité qui ne comporte en elle même aucune notion de bien ou de mal.  Et cette affirmation, un peu plus loin : "Comment cet homme [ Richard Millet, certainement ] écrivain [ quand même !] à qui l'on permet une parole publique et qui exprime une vision si faible pourrait-il être pris au sérieux [sic, deuxième fois, pour ceux qui n'auraient pas compris, avec les croyants, il faut être précis et les lecteurs du Monde ont tendance à s'endormir, on le sait, en lisant ce tabloïde emmerdant] ? " J'aimerais savoir qui est le "ON" qui a la générosité - dont il semble abuser selon cette dame, qui ne rit pas, mais pas du tout ! - de permettre à Richard Millet "une parole publique". Une chose est certaine, ce "ON", ce n'est pas ELLE, Nicole Caligaris, car, l'inquisitrice ne permettrait pas cette "parole publique" on le sent, pour cause de "vision si faible" qui empêche de prendre au sérieux ! Si j'osais, je poserais la question : "qui décide de la faiblesse d'une vision ?" Car c'est bien d'une censure qu'il s'agit ici. On ne discute pas les idées ou la vision de Richard Millet, on la condamne, on regrette qu'elle soit autorisée. Je ne partage pas les idées de Richard Millet mais, comme Voltaire, - la dame, elle, cite Levy-Strauss, mais elle est infiniment plus cultivée et intelligente que moi puisqu'elle écrit dans le Monde et qu'elle est "romancière" ! - mais je tiens à ce qu'il puisse les exprimer ! Au lieu de condamner aussi inutilement que sottement - sauf pour remplir les pages d'un quotidien qui distille l'ennui et la banalité - elle devrait se consacrer à son œuvre de romancière ... et, peut-être, effacerait-elle par son talent, sa bête noire !

En marge : Je n'ai pu m'empêcher de penser à Richard Millet en entendant, sur une chaîne de télévision *1, un crétin décérébré, rappeur de son sous-état, proclamer que Molière était... dépassé, que les "rappeurs" eux aussi écrivent... Ce crétin disposait seulement de quelques mots pour dire cela, parlait de respect en son temps... pauvre temps ! *1) Canal plus, le 12-1-2009 vers 20 heures. Cette chaîne est cryptée, vu l'importance de tels messages, on le comprend !

Sur un plateau de télévision : Richard Millet s'est trouvé, le 19 novembre 2010, sur un plateau de télévision où des gens sans grand intérêt viennent essayer d'avoir raison pour soigner leur image dont, souvent, le public n'a rien à foutre. Dans les échanges impossible d'être "du coté" des contradicteurs de Richard Millet même quand on n'est pas d'accord avec lui. Cette incursion dans le domaine de la médiocrité, prouve qu'un grand écrivain n'a pas sa place ailleurs que dans ses livres.

 Tuer : "Avez-vous tué ?" Voilà bien une question que je n'aurais posée ni à Richard Millet, ni à quiconque ayant fait la guerre. Faire la guerre c'est s'exposer à tuer, c'est choisir, au moins, d'accepter de tuer, cela me suffit. Il y a deux sortes de guerres, celles où l'on attaque, celles où l'on se défend. J'ai été en position de faire une guerre d'attaque, une guerre injuste, la guerre d'Algérie, les circonstances me l'ont évité, j'avoue que je réfléchissais à l'éventualité d'un départ pour la Belgique, la Suisse ou plus loin, là où il n'y aurait pas des salauds du genre Mitterrand pour m'envoyer tuer ou me faire tuer en combattant des hommes qui luttaient pour leur indépendance, pour leur dignité, pour leur liberté, contre un état assassin : la France. Millet s'est battu pour se défendre, pour défendre une de ces communautés chrétiennes que les musulmans ont décidé d'éradiquer de leur pays, le Liban, leur étant celui des chrétiens possesseurs de ces terres bien avant que n'existe l'Islam. Après, les sentiments de celui qui tue, cela m'intéresse peu surtout quand il se mêlent au délire chrétien, l'Europe chrétienne ... Millet me (nous) juge pour des apostats comme si ce langage imbécile de l'Église catholique avait un sens pour nous, athées, éternels persécutés de ces curés et leurs zélotes de qui, enfin, nous nous sommes libérés. Il ne me semble pas qu'il y ait de quoi se réjouir, se sentir mieux vivre en tuant pour ne pas être tués, en tuant celui qui a provoqué la guerre. Y-a-t-il eu en d'autres époques une gloire quelconque à tuer ? J'en doute. Il est curieux que le christianisme de Millet ne soit pas plus christique. Junger n'a pas grand chose à voir avec le Christ ce grand pacifiste ! Mais l'histoire de l'Eglise est une longue histoire de meurtres en général assez bas. Millet a raison, les Chrétiens du Liban ont été les victimes et non les agresseurs. Les Palestiniens, ce peuple imbécile qui a toujours fait les mauvais choix et que les pays arabes ont mille fois trahi quand ils ne les ont pas assassinés. Par quelle aberration une gauche française a-t-elle qualifié ces gens de "progressistes ?" Ils ont fait le jeu de la droite israélienne, d'une droite aussi imbécile qu'eux mais qui, pour le moment, tient le bon bout. Ce petit livre est un complément à La Confession négative. Je ne mêlerais pas le plaisir d'écrire - est-ce bien un plaisir ? ou un besoin ... - et le fait de tuer. Ils ont tous deux un lien à la mort, cela s'arrête là, l'amour et le sexe également ! Tuer me semble pour celui qui se trouve dans l'obligation de tuer une terrible mutilation. La seule fois où je me suis trouvé devant un homme qui brandissait un couteau, un grand couteau à découper la viande, je l'ai désarmé froidement, dans une sorte d'indifférence, parce qu'en une seconde, le temps me semblant alors s'être ralenti pour les autres, j'avais apprécié la situation à l'inverse de ceux qui m'entouraient, et compris que l'homme ne menaçait vraiment que lui. Je pense que je tuerais de la même manière dans la froideur de l'indifférence et de la nécessité si j'avais à défendre ma vie dans une guerre. Je tuerais avec violence, avec conviction, certain face à un agresseur, de mon droit à vivre, le reste me semble fariboles, mais chacun juge, agit et ressent selon sa culture et son éducation et il faut certainement vivre ces choses pour savoir.

 Un sermon sur la mort (Fata-Morgana, 2015, Sermon.) C'est par un message de la FNAC que j'ai découvert ce dernier né de Richard Millet, il était qualifié de "roman", c'est que le sermon n'est plus un genre littéraire s'il l'a jamais été. Mânes de Bossuet, Bourdaloue et Massillon !!!... Ce livre, la FNAC "L'attendait mais ne l'a pas reçu", première version, "N'est disponible que sur commande." seconde version, deux jours plus tard. La Solitude du Témoin est quant à lui disponible. J'ai donc été dans une librairie proche de la Sorbonne où j'ai trouvé mon bonheur. Contrairement au pamphlet Solitude du témoin, dont j'ai rapidement abandonné la lecture parce que je n'y trouvais que du déjà lu, j'ai lu d'une traite le sermon et l'avais terminé en rentrant chez moi. Moi, l'athée, l'ignorant, l'indifférent, et je ne sais quoi encore, je suis demeuré fidèle à cet écrivain dont je ne partage pas la foi, contrairement à ses frères, qui semblent ne plus même répondre ou lire ses correspondances. Je les aurais lues, mais je n'en recevrai pas, Richard Millet ne veut pas dialoguer - il a raison, quand on a des convictions qui relèvent de l'absolu et le mépris le plus total de ceux qui ne les partage pas, le dialogue n'est pas utile, l'est-il d'ailleurs jamais ? Dans ce sermon, il y a la plainte de l'ostracisé social, je veux bien croire l'auteur, le monde littéraire, pas très enthousiasmant aujourd'hui, l'a bien mal traité prouvant qu'on n'a pas le droit de penser différemment sous peine de révocation même des emplois. C'est gageons-le Gallimard qui a perdu, il reste à cette maison beaucoup d'auteurs fades qui peuvent s'adonner aux joies de l'enseignement de l'écriture !!! nouveau commerce à destination de ceux qui veulent fabriquer des savonnettes Nothomb à moins que ce ne soit des Levy ou des Musso, avec de pareils professeurs ce qui reste certain c'est que ce ne seront pas des Marcel Proust ! Quand un éditeur n'a pas le courage de défendre un de ses meilleurs auteurs, il peut toujours faire entrer d'Ormesson dans la Pléiade ! L'autre versant du sermon, c'est un appel à la foi solitaire, au rapprochement de Dieu. Plus on s'en approche, plus on s'éloigne du monde ! Si certains croyants, aujourd'hui, pouvaient faire leur cette maxime ! Je ne recommanderais pas à Richard Millet de foutre la paix aux athées, il est un vrai croyant et fustiger l'athéisme est un devoir pour les élus ! D'ailleurs, nous sommes responsables de tous les maux, aujourd'hui, comme hier y compris et surtout la perte de la langue, qui accompagne naturellement celle de Dieu, ce dernier étant le Verbe. Autant avouer que je ne suis pas qualifier pour parler de ce sermon, je l'ai lu avec intérêt, comme on lit un beau texte, si Dieu est la langue, il y est soyez en certains !

 - Lettre aux Libanais sur la question des langues : Il faut aller à Beyrouth, au moins par Internet, pour se procurer ce petit livre qui reprend version Liban, un des thèmes préféré de Richard Millet : la défense de la langue française. Bien peu de choses auxquelles on ne pourrait souscrire dans ce texte qui est un constat inquiétant. Ce qu'il y a de terrible dans ce combat, c'est qu'il est dors et déjà perdu comme sont perdus tous les combats en faveur de langues capables d'exprimer des sentiments élevés, la révolte vraie, ou simplement de permettre l'accès aux cultures. Notre monde est celui du totalitarisme, non pas démocratique, mais de l'horreur ploutocratique, une sorte d'héritage économique de Hitler - ce qu'est réellement le néo-libéralisme. Il s'englue dans ce mondialisme médiocre, sans odeur et sans couleur, qui pue la mort et le cynisme. D'ailleurs des Cioran ne sont-ils pas aujourd'hui à la mode, comme ils y étaient hier, aux beau temps - pour ce type d'auteurs - du nazisme dont ils étaient les laudateurs, répétant inlassablement leurs formules désespérées qui ne les empêchent nullement de goutter la vie très longtemps, jusqu'aux dernières gouttes, une vie qui d'après leurs écrits ne méritait pas d'être parcourue, que n'ont-ils suivis leurs propres conseils pour tirer très tôt et volontairement leur révérence ? Je préférerais toujours un Drieu la Rochelle à un Cioran - mais ces remarques n'ont peut-être pas grand chose à voir avec Richard Millet, simplement désespéré " d'espoir " et combattant. Un texte de R. Millet à ajouter au Sentiment de la langue.

 Éloge littéraire d'Anders Breivik : (Ce texte fait suite à une relecture, quatre ans après, du pamphlet de Richard Millet) Ce court texte fait suite à Langue fantôme, le dernier pamphlet (septembre 2012) de Richard Millet. Richard Millet ou l'art d'être coupable ou victime, l'un devenant l'autre selon le regard porté. Une relecture calme, quatre ans après que la meute des pseudos écrivains au rang desquels on trouve un Benoît Hamon !!! presque tous aussi insignifiants les uns que les autres, aient applaudi le texte informe, stupide et calomniatoire d'Annie Ernaux, écrivaine de la banalité et de l'insignifiance, laquelle suivra certainement un autre écrivain de seconde zone, idiot et malhonnête, Le Clezio, qu'un jury de bouseux nordique a affligé - par défaut - du Prix Dynamite ! Si ces gens avaient pris la peine de lire avant en bons analphabètes, de signer les yeux fermés, ils auraient vu que Richard Millet non seulement n'approuve pas l'assassin nordique, mais qu'examinant les raisons de son acte - analyse sur laquelle il est bien court, sommaire et prisonnier de ses fantasmes habituels, - il l'assimile à ce qu'il voulait combattre : la décadence de l'Europe. Cela ne ressemble en rien à un panégyrique ! Mettons de coté la première passe résolument provocatrice dans laquelle l'écrivain donne une dimension littéraire à l'acte du tueur sans que cela signifie qu'il soit bon, occasion pour lui de stigmatiser la médiocrité bien réelle du monde littéraire actuel qui est souvent à pleurer ; - quand on pense que les gallimardiens donnent maintenant des cours d'écriture !!! - on frémit ! - cela peut entrer dans la série : "Comment écrire de mauvais livres en phase avec la mode éditoriale !" - le reste de ce pamphlet n'a rien de scandaleux ! On peut être en désaccord avec Millet sur l'analyse qu'il donne des motivations du tueur, elle est seulement courte et l'appréciation des causes peut amener des réserves, mais on ne peut pas le taxer de justifier le crime ! Il a bien raison de s'étonner du laxisme, de la complicité, des intellectuels français avec Cesare Battisti, terroriste italien protégé en France par Mitterrand comme si le terrorisme de gauche était légitime, ce qui semble bien être le cas quand on écoute les sycophantes de la révolution française qui passent volontiers à la trappe les 5 000 guillotinés de Robespierre et le génocide vendéen - non reconnu par les crétins de l'Assemblée Nationale plus disposés à mettre en valeur la paille dans l'œil du voisin que la poutre dans le leur !

    Les cent insignifiants moins un ou deux égarés, qui se sont rangés, bons soldats stupides enrégimentés contre un brevet inespéré d'écrivains, sont des terroristes, ils sont les héritiers d'Aragon, l'homme de Moscou, qui voulait régenter les lettres françaises, le droit de publier et remplacer la liste Otto par la liste Joseph, au lendemain de la guerre alors même que son parti avait gentiment collaboré durant le premier temps de l'occupation allemande ! Dans la France décervelée d'aujourd'hui, il est interdit de penser, seule la commémoration, la pleurnicherie stérile, sont de mise. Cohésion sociale pour que perdurent les crimes car les imposteurs qui gouvernent grâce à des élections truquées, à l'abri derrière ces postures, ne répondent pas à la guerre que nous fait l'Islam conquérant préférant faire de bonnes affaires avec des pays abominables tels la sinistre Arabie saoudite ! Si Annie Ernaux avait quelque souci de la gloire de la littérature française, elle ne publierait plus !

 

 ... et Annie Ernaux et sa trop visible et pré-visible armée : C'est Annie Ernaux qui a été commise par la bienpensance salonnarde à la dénonciation de Richard Millet et de son Éloge. La petite crotte a été déposée dans Le Monde, organe de bonne tenue comme chacun le sait et de grande médiocrité, emmerdant comme un jour de pluie sans fin. Un modèle de proclamation de bons principes qui ne coûtent rien, d'angélisme à bon marché, de mauvaise compréhension d'un texte et d'hypocrisie, signé par une armée de défenseurs de "notre littérature", tous littérateurs se portant une haute estime et pensant qu'il y a encore en France une littérature digne de ce nom, la leur peut-être, ce qui prouverait leurs illusions ! Annie Ernaux s'indigne mais l'indignation - tarte à la crème encore à la mode ces jours-ci - ne lui donne pas pour autant le talent qui lui fait défaut, son texte est lourd, assommant de bons principes et de bons sentiments mièvres. Voilà une polémique qui donne une assez bonne idée de l'état de décomposition avancé des lettres françaises. Ce n'est pas le numérique qui la tuera, elle est déjà morte !

    Pour Annie Ernaux, Richard Millet "déshonore la littérature", disons le, une partie des moutons signataires du texte de cette écri-vaine, porte Céline, cet infâme salaud aux nues, il ne déshonore pas la littérature à leurs yeux. Ces mêmes gens, gallimardiens ou pas, Richard, toi qui t'étonnais de ce terme, tu le comprendras peut-être maintenant que la tribu derrière Antoine, ce grand courageux - comme jadis Gaston, le père La Trouille -, te lâche ! ces mêmes gens ne sont pas choqués du tout de lire dans un Pléiade les odes à Staline de Paul Eluard (poète qui a écrit également quelques uns de mes poèmes préférés). Je ne supporte pas les chasses aux sorcières, les envolées lyriques d'écrivains et vaines de seconde zone qui se font de la renommée avec de l'indignation à bon marché et sans risques. Pour moi, mais je suis peut-être seul de mon genre, ce sont les mauvais écrivains qui déshonorent la littérature, il n'en manque pas dans les signataires, d'ou leur empressement à donner avec leur patronne en médiocrité les coups de pied des ânes. Vous n'êtes pas d'accord, dites-le, mais essayez de développer des idées, n'entonnez pas les trompettes de la censure bien pensante, elle m'emmerde surtout quand elle est aussi mal jouée que dans le texte de Ernaux ! Nous nous sommes débarrassés des censeurs catholiques chers à Richard, ce n'est pas pour porter aux nues les médiocres censeurs socialos-salonnards qui, avec les emmanchés de droite, ruinent la France et l'Europe, car, au delà de vos cris d'orfraies, pouvez-vous nier que vous et vos amis, ruinez nos pays ? Les vrais amis des fascistes, ceux qui feront demain la fortune des Le Pen, ce sont ceux qui gueulent fort les bons sentiments superficiels aujourd'hui, ceux qui ruinent le pays et voudraient de surcroît le museler, de gauche ou de droite, coquins et malandrins issus des mêmes coteries du seizième, chacun armé de sa bienpensance de faillite ! Et puis, les textes fascistes n'ont pas toujours fait peur à Gallimard qui jadis publiait à coté des vies de Staline celles de Mussolini et de quelques autres, écrites par des écrivains au combien douteux aujourd'hui ! Comédies, ridicules, manque de talent, la pseudo-gauche s'agite pour faire oublier ses trahisons et ses intellectuels (???) gesticulent en espérant revenir au beau temps du terrorisme sartrien ! Mais le petit père Staline est mort et a bien fait voir sa sale gueule de gangster ! Ce n'est pas parce que le journal Le Monde publie sa vie à coté de celle d'un autre grand truand, Lénine, dans des collections à bon marché de vies de "grands hommes", que ces assassins sont réhabilités !

    Mieux qu'Annie Ernaux qui s'est donné la peine de lire le texte de Richard Millet, Islam Info, ce site islamiste douteux qui égrène mensonges et calomnies, dont les informations sont en général très fantaisistes, présente l'auteur sur fond de Hitler, et avoue n'avoir pas lu le texte, ce qui ne nous étonne pas ! Et bien, nous, nous avons lu le Coran et nous pouvons dire que l'Islam est une religion totalitaire - comme le christianisme - mais plus encore, puisque contrairement à ce dernier, elle l'est non seulement dans ses expressions quand elle est majoritaire mais également dans ses textes. Ce n'est pas pour cela que je vais faire la guerre à ma femme et à ma fille musulmanes ! On peut lire et apprécier des textes cons sans les suivre à la lettre et en en tirant seulement ce qui nous convient, même des bibles, évangiles et autres corans ! Aujourd'hui, les Français sont encadrés, on leur dit ce qu'ils ont le droit de penser, ce qu'il ne faut pas penser, c'est peut-être la force du Front National que d'oser dire - rien ne lui fait peur - jusqu'à l'odieux, ce qui n'est souvent que craintes justifiées chez les citoyens ordinaires. Comment être rassurés encore une fois sur une religion dont on voit les énergumènes descendre dans les rues, assassiner, brûler, piller, au moindre mot concernant leur crétin de prophète qui n'était, comme Sainte Thérèse qu'un fou délirant, doublé, certainement, d'un gigolo ambitieux ? Ils ne sont pas capables d'accepter qu'on ne pense pas comme eux et qu'on n'ait rien à foutre d'un énergumène qui a prétendu entendre un illusoire Dieu et qui n'est, comme Moïse et Jésus, si le Dieu malfaisant qui aurait créé l'humanité, par hasard improbable, existe, que blasphémateur ! Certes, on pourra dire aujourd'hui, que les musulmans de France ne sont pas descendus dans la rue cette fois, mais ce n'avait pas été le cas lors de l'affaire des caricatures puisqu'ils avaient même tâtés de la loi pour faire interdire, comme s'ils étaient en Arabie Saoudite, pays totalitaire et banque du terrorisme sunnite. L'Islam domine encore trop de pays de façon totalitaire et régressive pour qu'il ne soit pas justifié d'être inquiet ! Comme on a le droit d'être attentif au christianisme, dans les croisades duquel on n'a pas à laisser embarquer l'OTAN - il faut en sortir une bonne fois pour toutes -. Je n'aime pas le pamphlet imbécile de Millet, mais j'aime encore moins les censeurs et les faux moralistes qui établissent leur inquisition ! Tout se passe aujourd'hui comme si droite et gauche s'étaient alliés dans leurs bienpensances respectives : le PS adopte le libéralisme de la ruine et de la misère, et la droite les droits de l'homme érigés en morale sectaire et en système oppressif, des droits de l'homme très relatifs puisqu'ils ne vont pas jusqu'à respecter les citoyens dans leurs droits électoraux, du travail ou du logement ... En bref : deux armées de filous qui s'entendent sur le dos d'un pays qu'ils ruinent matériellement et intellectuellement. C'est bien ce que font des intellectuels idiots ou sectaires, que l'on n'entend pas toujours quand il le faudrait ! Je n'aime pas les pétitionnaires anti-idées même quand les idées ne me plaisent pas !

Le Clézio : coup de pied de l'âne. On peut être prix Nobel et n'être pas un très grand écrivain, en tous cas pas le meilleur de son pays. Cela reste un jugement personnel, j'en suis conscient. Mais là où je n'ai aucun doute c'est quand je suis en face d'un homme malhonnête, Le Clézio en est un. " Un an plus tard, alors que le même Breivik est condamné à vingt et un ans de prison par la justice norvégienne, un intellectuel français du nom de Richard Millet, plus connu comme éditeur que comme écrivain (il a publié entre autres une apologie imaginaire de la violence des Phalanges au Liban) décide d'écrire et de publier un pamphlet au titre provocateur d'«Eloge littéraire d'Anders Breivik ". La façon dont Le Clézio dénie à Richard Millet qui le domine au niveau du talent de la tête et des pieds, même s'il n'obtiendra pas ce prix dynamite attribué par une académie de bouseux, qu'il a lui-même reçu, certainement parce qu'il fallait un français anodin et sans couleur, est abjecte et d'une médiocrité sans égale. Qu'il ne connaisse pas l'œuvre la plus importante de ces dernières décennies est affligeant et lui ôte tout droit de parler au nom de la littérature. D'ailleurs au sujet des Phalanges du Liban, je voudrais dire là encore, que ce pays est ravagé par la violence musulmane, chiite, que si le dialogue avec certains chrétiens extrémistes est difficile - je l'ai jadis mené - et que leurs positions sont incompréhensibles et leurs actes inacceptables pour nous, elles et ils le sont beaucoup moins pour ceux qui vivent dans la terreur depuis des dizaines d'années. Je pense qu'une partie des idées de Richard Millet vient du Liban auquel il est attaché, de l'expérience d'un pays dévasté, livré à la fureur terroriste. Le Clézio parle au moins sans savoir ou en réduisant les faits à ce qui lui convient comme ont l'habitude de le faire les sycophantes de la "bonne parole bienpensante" du fond de leur petit confort, cela ne l'autorise pas, ni son prix Nobel qui ne m'impressionne nullement, à ce mépris littéraire qui ne prouve, encore une fois, que son indigence !

    A lire avec intérêt : Pierre Jourde

 De l'antiracisme comme terreur littéraire (Pierre Guillaume de Roux, 2012) Depuis que le Parti Socialiste n'a plus de socialiste que le nom, - congrès d'Epinay qui intronisa un cagoulard à sa tête et main basse de l'ENA et de ses incapables sur la vieille maison - la gauche s'amuse avec des hochets, plutôt, elle amuse les crétins avec des hochets. S'il n'y avait eu un beau salaud comme Le Pen, elle l'aurait inventé. Le PS n'a rien à offrir que du baratin vermoulu, le même enrobé de promesses fumeuses que la racaille de l'UMP. Avec les "évidences économiques" issues des cerveaux tordus des crétins stipendiés par la grande finance et qui se croient économistes - signalons au nombre de ces crétins Olivier Giesberg, s'il ne se croit pas économiste il demeure un des plus beau imbéciles de la presse française en invectivant comme il l'a fait récemment les ennemis de l'euro qui est - selon lui - "indispensable" et le prouve aujourd'hui ... pour régler les problèmes générés par ... son existence ; il s'est replié sur une morale des évidences érigées en censures et rendues de ce fait aussi peu sympathiques que ce qu'elles sont censées combattre. Bref, le monde intellectuel dès qu'il se penche sur la politique, va de travers parce que la politique, aujourd'hui, n'est plus qu'une immense arnaque. Que vient faire Richard Millet là dedans ? Et bien il fracasse des moulins à vent, il pourfend des fantômes. Rien de grave me direz-vous ! A voir, dans ce monde renversé, incohérent, livré à toutes les escroqueries, Millet nous en livre en plus, dans la foulée de ses dénonciations, quelques autres. L'athéisme n'est - selon lui, - qu'une sottise du même type que l'antisémitisme et le racisme ! La France est chrétienne ! Mais oui ! Nous, les athées, rescapés des buchers, n'avons jamais existé, ni nos ancêtres, nous n'avons pas passé par dessus bord ces troupeaux de voleurs et d'exploiteurs de la sottise humaine qui se réclamait du Christ en le trahissant à chaque instant. Il dénonce la terreur "antiraciste", arme, selon lui du communisme - mon Dieu ! Un tel retard ... notre grand écrivain se croit en 1950 ! Je passe sur le langage de ce petit essai qui ne doit pas grand chose ma foi à Bossuet, Fénelon ou Pascal ! Enfin, il fera hurler les porte paroles de la bonne pensée, c'est toujours cela de pris ! Dommage quand même, que l'un des meilleurs écrivains d'un pays qui n'en compte pas beaucoup, se perde dans ces phraséologies aussi prétentieuses qu'irréelles. Mais ne vivons-nous pas le temps de l'irréel et la littérature dans un monde de brutes incultes a-t-elle encore un rôle à tenir ?

 Tarnac (2010 Gallimard - L'Arpenteur) Tarnac, le célèbre critique d'art, n'existe pas, n'écrit pas, rêve tout au plus quelques métaphores autour de la jupe de Constance, censées lui ouvrir le chemin du corps de la belle admirée un soir de vernissage dans la brume d'une soirée alcoolisée. Tarnac a quitté Siom où il n'existait pas pour Paris où il naît de ces quatre lettres : R.S.V.P. qui le plongent à chaque réception d'un carton d'invitation dans de grandes douleurs. Par dessus des études qui nous échappent, Tarnac vit ainsi une vie autre, rêvée, réelle, qu'importe puisqu'elle est la vie, autour d'un art qui n'a jamais existé à Siom et de femmes qui en sont depuis longtemps parties. Tarnac n'était qu'une légende, la légende boucle son parcours dans un buste de pierre qui finira quand même au cimetière de Siom où personne n'y reconnaîtra le jeune comptable qui servit de modèle, rentré à temps au bercail. Un court récit, une longue nouvelle plutôt qu'un roman dans la superficialité du monde parisien du commerce de l'art, un bijou très millésien.

 L'Enfer du roman (2010 Gallimard - Blanche) : Qu'est-ce qu'un intellectuel ? Un homme qui met ses fantasmes et ses sentiments en théories et, parce qu'il pense, finit par croire ce qu'il dit. Il y a des familles d'intellectuels, familles au sens des idées, qui ainsi reprennent les vaticinations des autres et plaquant dessus les leurs, vont ainsi poursuivants des fantômes. Richard Millet nous parle de post-littérature comme un autre il y a quelques années nous parlait de posthistoire. C'est ainsi, tous ceux qui ne discernent pas dans notre société la prolongation de ce qui les a faits et nourris se consolent en prédisant la fin de quelque chose. Il y a quelques dizaines d'années, les gens complètement écrasés par un destin trop lourd, se consolaient en évoquant les bombes atomiques qui de toutes façons, plombaient l'avenir. Bien malin qui peut prédire l'avenir, on se souvient que de grands esprits s'étaient réunis pour cela et se trompèrent de façon magistrale ce que le futur proche de leurs prédictions ne manqua pas de leur révéler. Bien entendu, Millet qui entonne un couplet vieux comme le monde, prétend que cette fois, cela n'a rien à voir. On s'en doutait ! Je ne dirais pas cependant que Richard Millet dit n'importe quoi, si c'était le cas, cela ne vaudrait pas la peine d'en parler. Non, nombre de jugements qu'il émet me semblent justes, je partage beaucoup de ses idées. Ce qui me laisse perplexe, c'est la façon absolue dont il monte tout cela. Rien ne ressemble jamais à sa construction. Il émet des vérités comme la disparition du lecteur global, qui ne se fondent bien entendu sur aucune observation objective. Ce qu'il ne voit pas n'existe pas. Pour tout dire, même quand on aime Millet, même quand on pense que beaucoup méritent ses rejets et ses condamnations, on finit par trouver indigeste ce genre de discours. Pour ma part, j'ai assez rapidement abandonné la lecture de ce nouvel opus. Je suis, actuellement plongé dans Julien Green, un auteur qu'on ne pourra plus lire, selon Richard, alors je profite du répit qui m'est accordé. D'ailleurs j'ai noté que des cinq auteurs cités au paragraphe 13, Green, Mauriac, Jouhandeau, Morand et même Céline, (p21), trois font l'objet de pages sur mon site, Jouhandeau et Green, Céline n'y figurant, il est vrai qu'à titre d'auteur honni. Pour les deux autres, si Morand me semble un littérateur doué mais inintéressant, Mauriac au contraire est un auteur que j'ai beaucoup lu. Quand Richard Millet accuse les auteurs contemporains français d'écrire une langue traduite, un français réduit à l'anglais, il a peut-être raison. Depuis huit ans que je lis pour commenter, je ne lis pratiquement plus que des textes français et je suis incapable de lire les auteurs dont il parle. Je suis de plus en plus convaincu qu'à un certain niveau de lecture, la littérature, la vraie, échappe à la traduction. Je suis désolé, mais quand je voudrais lire pour la cinquième ou la dixième pour certains, les romans de Dostoïevski, je devrais renoncer à la lecture que je pratique aujourd'hui. J'aurais le sentiment en le lisant de perdre quelque chose, la musique secrète de l'auteur qui appartient à sa langue, au génie de sa langue. L'œuvre traduite n'est plus l'œuvre de l'auteur, elle en est la pâle reproduction. Juste également l'observation de Millet, certains réduisent le langage littéraire à celui de leurs sujets, on voit ce que cela peut donner quand on attaque les banlieues ou les grands défavorisés. On n'est pas loin de l'imbécile de sous-rappeur - cela existe - qui se proclamait remplaçant de Molière. Je m'amuse beaucoup quand j'entends l'ineffable Nauleau encenser de tels romans. Ce n'est que du bon sentiment, de la bouillie à cochons dans une langue de cochons. Cela vaut à peine plus que la littérature de métro d'Amélie et consorts. Je persiste cependant à penser que quelque part, il se fait une autre littérature, que tout le XIXème siècle ou le vingtième siècle ne sont pas à jeter par dessus bord, il s'en faut de beaucoup. Dois-je le dire ? Je serais heureux, que le meilleur écrivain français vivant, veuille bien sortir de ses lamentations en vingt volumes pour embraser cette époque qu'il vomit, en la vomissant, pourquoi pas ? dans une œuvre forte, à la Zola - le bon, celui des meilleurs romans ou d'une autre façon, la sienne à réinventer. Parce que, quand même, si une littérature meurt c'est d'abord la responsabilité de ceux que leur talent, voire leur génie, désigne naturellement pour la maintenir. Encore une chose, dans cet aspect critique, Richard Millet est trop proche à mon goût de l'université dont la domination dans le monde littéraire est grandement responsable de la déchéance de la vie littéraire et de la nullité des revues de la pauvre Nouvelle Nouvelle Revue Française au bien triste Lire.

 Brumes de Cimmérie : La première phrase, longue de plus d'une page, marquée par la musique millesienne, nous situe dans le temps et dans l'espace, en outre, elle nous donne en de courtes digressions de nombreuses autres indications dans différents domaines. Nous sommes ainsi campés dans le récit comme si l'auteur voulait nous prendre à la gorge sans nous laisser la possibilité d'échapper. La seconde, moins longue, marque une sorte de relâchement, comme s'il ne fallait pas effrayer ce lecteur et, d'anecdotiques friandises, rebondit pour compléter ses indications permettant de situer héros et récit. " Une époque, celle de 1975, où je cherchais à passer inaperçu au Liban comme en France, par la domination de moi-même, laquelle ne pouvait se trouver que dans la maitrise du corps et, surtout dans l'écriture, l'une n'allant pas sans l'autre." p 18 Ce petit livre est le récit d'un pèlerinage, en avril 1997, en un lieu que l'auteur a connu en 1967. On y retrouve le désenchantement propre à Richard Millet, marqué par exemple par la distanciation au travers du temps, du froid, de la mort et de la solitude. " ... me disais-je en songeant que voyager, c'est s'exposer au froid, et non seulement au froid qu'il faisait ce jour-là, dans la montagne libanaise, mais à celui qui règne dans les immensités temporelles qui me séparent de mon enfance et plus généralement d'autrui, de ceux qui sont morts comme de ceux qui ne sont pas encore nés, et peut-être de moi-même." p 31 "... si tant est que le réel ne soit pas une lecture de cet espace illusoire que nous appelons la fiction et qui n'est pas plus illusoire que la vie où nous ne vivons qu'autant qu'un lecteur se souviendra de nous dans le silence de notre nom ..." p 41 La malfaisance américaine est située à un niveau qui n'est certainement le même que le mien " ... encore que le divorce tende à devenir plus courant et que l'Amérique y poursuive son oeuvre destructrice." p 82 "... le temps leur ayant donné cette teinte romanesque dans laquelle tous les écrits d'une époque révolue se confondent ... " p 116 Mais il est des romans d'époques révolues qui, avec le temps, perdent leur caractère romanesque pour nous restituer des hommes - frères - dans leur milieu, qui, au-delà des apparences, sont si proches de nous, que ce temps semble aboli ... il en est ainsi du Lucien Leuwen de Stendhal, des grands romans de Boylesve, du Gilles de Drieu et de bien d'autres. Richard Millet me rappelle dans chacun de ses textes, le prix de la différence et, loin d'être désespéré par le fait qu'un des rares auteurs français de notre époque soit si loin de moi, je suis heureux de lire et relire un Autre.

 La Confession négative : La longue phrase de Richard Millet qui fonctionne comme un envoutement ressemble à une litanie, l'absence de points entrainant une lecture monocorde dans un mouvement qui impose sa musique, elle convient très bien au sujet, à cette invocation du passé et du passé du passé, à ce mouvement de balancier des montagnes limousines au mont Liban, de Sion à Beyrouth, quand le présent ne tient sa signification que des réminiscences du passé. Cette longue phrase peut parfois ne pas être propice à la compréhension directe, l'appropriation du texte en est cependant favorisée dans sa globalité. C'est d'une musique de deuil qu'il s'agit puisque le narrateur porte celui de la langue, de la religion, d'un monde qui n'est plus et qui n'a laissé place qu'au vide. "... il y a longtemps que j'ai regagné l'Europe où les hommes ne croient plus à rien et où les ormes sont morts de maladie..." p13. Dès la première page Millet nous enferme dans son monde, Sion, Beyrouth, la littérature... "... la littérature pouvait tout, avais-je très tôt pensé, y compris me dispenser de voyager, et peut-être, je le dis sans forfanterie, de mener la vie de tout le monde, laquelle s'oppose à la vraie vie dont la nature, ou le sel, me restait cependant à découvrir, fût-ce pour mourir de soif." p16. J'ai cru moi aussi au pouvoir des mots écrits, jusqu'à ce qu'ils se brisent sur la police, les ministères de la honte et les gouvernements de la misère sinon de misérables ce qui est bien possible, et que je comprenne que ce pouvoir ne fonctionnait jamais qu'intérieurement. "... tant il est vrai que les liens que nous nouons avec un penseur, un écrivain, un compositeur, un peintre, dépendent aussi, pour une part dont l'importance reste à mesurer, de celui que nous avons noué avec son visage et plus largement son corps." pp56-57 Cette affirmation me choque peut-être parce qu'elle touche un point que j'ai toujours évacué, refusant de l'examiner, le visage étant ce par quoi nos préventions, nos haines et nos détestations autant que nos affinités, s'affirment dans ce qu'il y a de plus simple, de plus direct, de moins contrôlé et que cela me semble tout à fait incompatible avec cette forme de re-connaissance qu'est la pénétration de l'autre par sa pensée exprimée. C'est pour cela que je n'approcherais jamais un écrivain que j'apprécie tout comme le narrateur qui refuse d'être présenté à Jean Genet : "Aux écrivains, aux hommes qu'ils sont, j'ai toujours préféré les œuvres" p99, quitte, en ce qui me concerne, à traquer les hommes ensuite, au-delà de leurs œuvres, dans ce qu'elles et qu'ils ont provoqué de jugements et de témoignages. "... aimant mieux n'être rien que de ne pas être moi, même si je ne comprenais pas bien ce que c'était que d'être soi, vu qu'il est impossible d'échapper à soi-même, que c'est d'ailleurs là un des cauchemars de l'existence..." p99. Qu'est-ce qu'un écrivain quand on ne sait déjà pas ou plus ce qu'est un homme ? "... et songeant que l'employé de bureau était la figure maudite de l'écrivain contemporain..." p163 Le narrateur a-t-il le souci es autres ? Veut-il les provoquer ou bien les ignore-t-il tout simplement habitué à une solitude qu'ils lui tissent par leur comportements, leurs opinions ou celles qu'ils affichent parce qu'on les leur présente et qu'elles sont faciles à endosser faisant une sorte d'unanimité qui ne va pas sans choix simples à faire à l'intérieur d'un faux système dualiste maintenu pour donner l'illusion de liberté nécessaire peut-être encore pour un temps à la bonne conscience. Il faut avoir été guerrier pour devenir écrivain, la Chine de Malraux, pour Millet, c'est le Beyrouth des affrontements entre phalangistes et palestiniens, ces destructeurs qui ont systématiquement semé le chaos dans les pays qui les ont accueillis quand ceux-ci n'ont pas, comme la petite Jordanie des bédouins de Hussein, compris que le choix n'était qu'entre massacrer ces fanatiques ou mourir de leur décomposition dans l'indifférence d'un monde qui pleure sur eux se donnant ainsi bonne conscience et sacrifiant une fois encore, sans risques pense-il, à l'antisémitisme dont il a eu tant de mal à faire semblant de se débarrasser. Ces maronites libanais pour lesquels la France a créé le Liban, sont-ils eux aussi de ces antisémites forcenés que furent les chrétiens jusqu'aux momeries expiatoires des papes dont l'ancien nazi qui vaticine actuellement sur le trône pourri de Saint-Pierre ? La farce étant une constante de l'histoire et les hommes qui meurent, guerriers, bourreaux ou victimes n'étant que les jouets de sa malignité. " Un écrivain ne peut aimer que le fait d'écrire, comme il ne peut aimer que sa langue natale, en dépit des théories à la mode sur l'exil linguistique, et sur la beauté propre à chaque langue." p257 "... et m'a donné l'occasion de lui expliquer que la littérature ne relevait pas du divertissement mais plutôt d'une forme de connaissance obscure." p246 Le narrateur sait qu'on le traitera de fasciste, on le fera, mais il semble évident que dans son cas, le plus fréquent peut-être aujourd'hui si l'on exclu les sectes de jeunes barbares qui ne sont rien, cela ne signifie pas grand chose et n'a rien à voir avec la connotation nazie ou mussolinienne que ce terme comporte, ce fascisme n'étant en somme que la haine d'un communisme difficile à accepter, que la nostalgie d'un passé qui se défait parce que c'est la destinée commune des êtres comme des civilisations, et que le refus d'un présent voué à la sottise médiatique et au superficiel. La mère du narrateur, après le renvoi de son fils par des enseignants communistes, la même aventure m'est arrivée dans cette poubelle sectaire qu'était Champigny dans les années cinquante, lui dit : "Il ne nous reste qu'à être légers, éveillés, intransigeants." p332, ce à quoi l'écrivain répond plus loin : "... je voulais seulement écrire, et je ferais tout pour cela, n'étant rien, ni de nulle part, écrire consistant à refuser toute identité, même celle, trop aisée que donnent les masques." p334 Je ne crois pas au mythe du guerrier, je ne crois pas qu'il faille l'être pour devenir écrivain, mais chacun son parcours, celui de Richard Millet ne me convainc pas plus que celui de Drieu - le Drieu de 14-18 - ou celui de Malraux son ami auquel se réfère Millet ce qui ne m'empêche nullement d'apprécier les trois, la littérature c'est aussi interroger l'autre, ou de sentir que cet élément est nécessaire à leur génie, même si c'est pour finalement briser l'homme comme cela a été le cas pour Drieu et son refus de s'expliquer devant ceux qui ne pouvaient pas le comprendre, en cela proche de Richard Millet. " J'aurais pu croire que j'étais le fils secret de Malraux, ce qui m'aurait terrifié, car il m'eut été impossible de devenir écrivain, à moins de ressembler aux fils de Stravinsky, de Mauriac, de Bernanos, de Giraudoux, qui non seulement n'ont rien fait de bon dans le domaine où ont excellé leurs pères, mais en ont été la dérisoire copie. " p340 Mais tuer n'est pas l'expérience fondamentale ainsi que nous l'avoue le narrateur au dernier jour de son séjour dans la montagne libanaise enneigée : " ... dans l'accomplissement d'une souffrance personnelle qui ne peut avoir lieu dans le fait de tuer mais dans l'écriture et qui est, avec l'amour, que je n'avais pas encore éprouvé, ou dont je n'étais pas encore capable de reconnaître en moi l'œuvre irrésistible, l'expérience fondamentale de l'existence. " p366 " ... ayant appris que le propre de l'enfer n'est pas dans l'intensité de la souffrance ou de l'horreur mais son infini ..." p373 " Sur les hauteurs où j'officiais, je pouvais non seulement laisser libre cours à une forme de rêverie proche de la méditation mais aussi aux manies qui étaient déjà celles d'un écrivain ; de sorte que, sans plaisanter tout-à-fait, je puis dire qu'il y a chez l'écrivain quelque chose du franc-tireur : toute ma vie à venir se passerait à tenter de dire ce que j'apercevais avec mon fusil à lunettes. " pp425-426 Pourrions-nous dire ici que tout véritable écrivain regarde ses personnages et ceux qui l'inspirent mais aussi les chefs-d'œuvre qu'il peut admirer ou qui suscitent ses réactions les plus vives, dans la lunette d'un fusil la vérité ou l'authenticité d'un homme comme des choses ne s'appréhendant que dans la mort ou face à elle qui est le destin commun ? Le "snipper" nous dit : " J'aimais le travail bien fait - en l'occurrence une forme de dignité dans l'abjection. " p427 Millet se dit chrétien, ceux bêlant de gauche, le sont d'un certain point de vue même quand ils ne le savent pas, n'ayant oublié du Christ que ce qui fait sa force et que j'ai seul retenu : le mépris de tout pouvoir et la volonté de demeurer en dehors de son atteinte en lui rendant - comme à César - le minimum de ce qu'il faut pour le tenir à distance, attendant ainsi qu'il s'épuise et meurt comme tout pouvoir.

    Ce récit courageux (ou suicidaire) aura le mérite de mettre les "évènements" du Liban et du Moyen Orient, passés et à venir, dans une lumière que refusent les médias occidentaux acquis à la cause des palestiniens, ces destructeurs chaotiques qui, pas à pas, méritent chaque jour davantage un destin qu'ils se fabriquent avec une rare constance, leur refus du réel n'ayant même pas l'excuse d'une grande vision mais procédant d'une sottise définitive. Richard Millet, seul écrivain a oser entrer là où se règlent les comptes de l'histoire sans l'écœurante et imbécile compassion des professionnels de la complaisance, pour la plupart ancien maoïstes reconvertis dans le matuvisme, professionnels de la philosophie télévisée. Richard Millet appartient à cette époque qu'il vitupère et renie, il en témoigne et nous donne ici une œuvre qu'on réprouvera ou sur laquelle on fera le silence lui préférant les histoires conjugales de culs ou de de culs conjugaux qui ramènent la littérature au niveau d'une émission de l'inénarrable Delarue, marchand d'émotions à bon marché et montreur d'exhibitionnistes et de tarés en tous genres sur les antennes d'une télévision qui se dit culturelle et service public et qui partant de cet abus de langage nous oblige à financer de telles saloperies.  Il appartient à cette époque n'étant pas dans la différence et dans la distanciation qui, n'empêchant pas d'essayer de comprendre différemment, en dehors des discours imposés, replacent à leur juste mesure ces conflits qui sont l'histoire dans ce qu'elle a de vain, de stupide, d'aveugle et de barbare ; sa haine du genre humain pour ce qu'il est ne l'incitant pas à essayer de le modifier, tâche jugée impossible ou inutile, ni à se placer hors du champ ce qui reviendrait à ne plus écrire peut-être à la façon de Rimbaud, ce que mérite ce monde. Mais tout cela n'est que comédie, la mort n'y changeant rien puisqu'elle en est le terme comme de tout. Voilà bien du délire, salutaire en ce monde où ne demeurent que quelques vérités, dans notre zone la libéralo-mondialiste et la droitdelommesque, l'une et l'autre se rejoignant pour nier le réel au profit de visions cupides ou idéologiques et faire de l'individu un zombi stéréotypé voire une sorte d'esclave ce qui est la finalité de la première, dans d'autres l'islam, religion mortifère, aujourd'hui la plus dangereuse des sectes issues d'imposteurs déguisés en prophètes - pléonasme -; sans oublier les presbytériens qui ont remplacé leur Dieu par le dollar et le communisme qui survit encore en Chine, en Coré du nord, à Cuba et qui peut ressurgir n'importe où dans son ancienne zone d'influence, le libéralisme apparaissant aux peuples qui l'y subissent pour ce qu'il est : un totalitarisme économique dans lequel la liberté fond sous la misère et qui peut-être pire qu'un communisme décadent qui lui, au moins, vise seulement les intellectuels dont l'apport à notre société est quasiment nul pour ne pas dire négatif.

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 Autres jeunes filles : Vingt courts portraits d'adolescentes au travers de courts instants de trouble ou de complicité, on appellera cela comme on le sent. Ce petit livre est illustré par Sarah Kaliski. Richard Millet annonce qu'on le vouera aux gémonies, l'espérerait-il ? Je m'en garderais bien. Adolescentes ou autres, ces amours fugitifs existent bien avec plus de force que les réels, ceux qui aboutissent et livrent cette part de rêve sur laquelle se fonde plus fortement l'érotisme que sur tout autre support. Souvenir de l'inaccompli, de l'ébauché, qui demeure pour toujours ce possible impossible qu'il a été un instant seulement.

 En lisant Richard Millet. ( en lisant l'Orient désert)

Il y a dans l'alliance de la phrase et de la pensée de Richard Millet, une mélodie à laquelle je suis sensible, qui me vide de la raison, d'une raison que je récupère ensuite sans la moindre envie de l'utiliser pour juger - ce que je n'ai jamais bien su faire, mes rejets étant plutôt du ressort du dégoût que du jugement -, l'approche de l'autre nous désarmant face à sa vérité quitte à finir par nous y reconnaître quand même étranger.

    A un certain niveau, ce que nous écrivons ne nous appartient pas et rejoint une sorte de tronc commun auquel tout lecteur attentif, séduit, peut accéder construisant une autre face d'une réalité supérieure aux individus, qui nous échappe. L'écriture relève alors d'une démarche mystique. Tout se joue dans une autre dimension où la raison n'est pas guide.

    Le monde dans lequel l'image et sa sensiblerie aura remplacé l'écrit, dans lequel l'écrit aura rejoint l'image, sera un monde désert, le monde mort, l'enfer des croyants.

    " Soyez-donc emplis de l'Esprit, mais diminués de la raison : car la raison est l'âme, elle est aussi psychique. " Epitre apocryphe de Jacques ( Pléiade - Ecrits Gnostiques - p 29 )

    Le Liban, ce pays chrétien, grec, où l'Islam, surtout le chiite, n'est qu'un envahisseur tardif. Je me souviens d'une première guerre, dans les années soixante-dix. Deux libanais tenaient à Paris la comptabilité d'une des dernières banques étrangères à exercer dans ce pays - d'où les américains et les anglais s'étaient rapidement enfuis -,  plus tard ils s'installèrent à Chypre. J'ai rencontré par la suite d'autres libanais appartenant à la société chrétienne et aisée, des gens d'une éducation parfaite, d'une politesse invisible, exquise, d'un raffinement discret, ces deux premiers n'étaient pas de la même classe, plus rudes, d'aspect "montagnard", secs. Je me souviens des quelques discussions que j'eus avec eux, j'en restais effaré. Le poids de l'histoire était déterminant dans leur état d'esprit, dans leur disposition. Ils étaient en lutte depuis si longtemps pour tenir ce pays contre vents et marées et la France, un temps, les y avait aidés. Je dois le dire, j'étais à l'époque incapable de les comprendre, ils étaient à mes yeux de simples fascistes, de ceux qui constitueraient l'Armée du Sud-Liban. Aujourd'hui, je sais que c'est moins simple, comme en Serbie, ce peuple martyr victime au cours des siècles des ottomans musulmans, trahi par d'autres slaves du sud convertis et devenus nervis des turcs, persécuteurs ancestraux ; martyr des allemands et de leurs lâches et couards alliés autrichiens ces va-t-en guerre grandement responsables du génocide de 14-18 et des suiveurs Croates. Tous, nous les avons trahis et les bouches à merde de nos médias font dans l'humanitaire à leurs dépens, ignorants tout de l'histoire, d'une histoire tragique, permettant au croate de relever la tête fasciste, néo-nazie, aux uniformes allemands de revenir se promener dans ces parages, amputant la Serbie, avalisant finalement la politique de Guillaume II. La mémoire de ce siècle commence dans les années quarante, du vingtième siècle, elle ne remonte pas plus loin, les morts d'avant ne comptent pas aux yeux de ces curieux défenseurs des victimes, mais même en ne comptant qu'à partir des années quarante ... Il en est de même avec ce Tibet de montagnards pillards, de moines jaloux d'un pouvoir total en révolte contre le suzerain chinois, ces gens qui massacraient les explorateurs occidentaux de la fin du dix-neuvième siècle, devenus par la magie de l'Hollywood de la scientologie, des témoins de Jéhovah et des évangélistes du dollar, un des sommets de la spiritualité, une spiritualité de bazar, de folklore et de pacotille. Ils ne sont que des gens de pouvoir luttant pour le pouvoir, rien à voir avec le spirituel qui n'irait pas se commettre dans les jeux commerciaux d'un sport dévalué.

    " Je ne suis qu'une torsion entre l'enfant que je fus et ce à quoi je m'obstine à donner le nom de Dieu mais qui n'est que le signe de ma perpétuelle défaillance, l'impossibilité de toute certitude, la soif de celui qui est en chemin avec le sentiment de n'arriver nulle part. " p37. " Seuls la hauteur et le soir qui tombe peuvent nous empêcher de nous jeter dans ce vide que nous sommes pour nous mêmes, plus effrayant que celui des précipices. " p48. " Rêveur d'unité jusqu'au vertige. " p49. " Hanté par l'innocence et la pureté, je ne suis rien, homme las, chrétien de peu d'observance, écrivain étranglé par lui-même, amant abandonné, silencieux musicien ayant lâché la proie pour l'ombre et devenue ombre parmi les ombres. " p64 " L'actualité me donne envie de rendre, tout comme la tête des journalistes américains qui modèlent le visage du monde. " p66-67 " Soyez donc emplis de l'Esprit, mais diminué de la raison : car la raison est l'âme, elle est aussi psychique. " p29 Pléiade - Ecrits Gnostiques Epitre Apocryphe de Jacques. " On n'écrit que pour échouer à dire ce qu'aurait été notre vie sans l'écriture. On n'en finit pas de mesurer quel échec personnel, esthétique, moral sous les apparences même du succès, suppose cette aventure spirituelle qu'on appelle littérature. " p108

    Richard Millet rejette la spiritualité exotique dans laquelle se complaisent certains sots (p139) Comment en effet prendre au sérieux ces gens, adeptes de dieux ou de philosophies dont ils n'appréhendent ni la langue, ni la culture et qui ne sont sensibles qu'au mystère de l'ignorance et de la nouveauté ? Mystiques de bazar pour meubler de petits conforts et combler de maigres angoisses. Il y a dans notre société un échec spirituel inquiétant, la disparition de toute valeur autre que l'argent et le bien être, l'assèchement du discours qui s'ensuit, cela n'est pas lié à la fin des croyances religieuses même si cette dernière a favorisé le mouvement, mais relève plus du triomphe des marchands et des financiers, triomphe qui vient de loin leur puissance ayant presque toujours été sous-jacent à toute autre y compris à celle de l'Eglise.

    " C'est le moi qui est haïssable dans autrui. ", " Le moi n'est haïssable que dans autrui où il nous empêche de mépriser cette humanité qu'on ne saurait pourtant aimer. " p197 " L'amour n'est sans doute rien d'autre que le signe d'un impouvoir, d'une déchéance : aimer, c'est déjà entrer dans le mouvement de l'oubli en le retardant ou en le précipitant. " p222  Haut de page

 L'Opprobre, Essai de démonologie : J'ai, il y a longtemps, reporté le budget de mon abonnement à la NRF sur l'achat des numéros de l'ancienne NRF celle d'avant la guerre (39-45) et même de la guerre, qui manquaient dans les rayons de ma bibliothèque. Si Richard Millet y écrivait, comme dans ses deux derniers ouvrages, et que quelqu'un ou quelques uns, de sa stature, répondaient, la faisant renoncer à l'éternel tour du monde des écrivains, je m'y intéresserais certainement. L'Opprobre satisfera certainement ceux de ses lecteurs qui m'ont fait part de leurs réserves sur Désenchantement de la littérature dont le langage les rebutait parfois ;

    Indéfendable, ne voulant pas être défendu, Richard Millet est indispensable. Ses cris sont ceux d'une partie d'un monde qui meurt. Si je me réjouis de la mort de ce monde, je ne me réjouis pas du vide qu'il laisse, vide sidéral. N'approuvant pas la plupart de ses raisons, je reconnais le constat, le déplore. Je suis persuadé que sous la peau visible de notre société vit une autre société, sous le cirque médiatique, domaine d'une infime minorité de camés, de putains, de macros et de politiciens, respire un autre monde, loin des abrutis qui viennent décliner leurs scènes de ménages, leurs infirmités odieuses, leurs crimes et petites saloperies en public, face à des cocaïnomanes et des psy d'opérette entre deux publicités pour des savonnettes qui ne lavent rien et de la lessive qui ne décrasse même pas les cerveaux.

    Richard Millet revient non sur Désenchantement de la littérature, mais sur l'accueil qui a été réservé à cet essai en particulier et qui l'est à son œuvre en général. A mes yeux, il est le meilleur écrivain francophone vivant, un des seuls - peut-être le seul - que l'on puisse comparer aux grands du passé en particulier à ceux de la première moitié du vingtième siècle. Cela n'implique nullement que ses diagnostics concernant notre époque et sa littérature soit au-dessus de toute critique, mais il est évident que le constat qu'il fait tombe dans un désert littéraire francophone comme anglophone, que ses détracteurs ne jouent pas dans la même cour et ne réagissent pas en critiques mais en agents de l'exploitation d'une faillite, en détrousseurs de cadavres. Nous avons tous en tête les ridicules des plateaux de télévision, écrivains des plateaux sacrés grands écrivains au bénéfice de l'âge (*1) ou par le rabattage médiatique, donneurs de leçons malhonnêtes et péremptoires, chercheurs d'effets, maîtres de l'esbroufe. "Quand tous trouvent le beau beau, alors vient le laid" nous dit le tao. On n'échappe pas à cela et par le seul fait qu'elle est dominante une morale devient abjecte. La morale n'est jamais que la somme des préjugés d'une époque, ce qui ne signifie pas que l'on doive se passer d'une morale. L'immense cohorte des crétins en a besoin, un besoin si vital qu'elle se trainerait sur les genoux plutôt que de tenter de se penser dans le monde. La bienpensance que rejette Millet n'est cependant que l'extrême triomphe du Christ sur le monde, sur la hiérarchie catholique qui a connu son apothéose à Auschwitz, assumée aujourd'hui en la personne d'un pape ex-nazi, ce qui ne peut être qu'un symbole voulu car rien, vraiment rien, n'obligeait les vieillards vaticanesques à placer sur le trône de Saint-Pierre ce scout de la croix gammée qui s'empresse de béatifier les goupillonneurs de Franco jadis dénoncés par Bernanos. Richard Millet évoque Auschwitz et dénonce avec raison la sacralisation. J'en ai quant à moi vécu la prise de conscience, solitaire, à dix-sept ans comme le tombeau de l'homme et l'apothéose du christianisme. Le souvenir dès lors ne signifie rien, à Auschwitz quelque chose est mort qui jamais ne renaîtra, les mots - Richard Millet aime les mots - des chrétiens ont trouvé là leur sens, l'aboutissement de presque deux mille ans. A ce tombeau a répondu la nouvelle aurore, ces deux bombes américaines sur le Japon, message inconscient que déjà les nations, après l'Eglise, répétaient à l'envie sur le monde depuis 14-18 : l'homme ne compte pas. Si l'homme ne compte pas, n'existe plus, comment la littérature survivrait-elle autrement qu'en tant que refuge, loin de la consommation donc de la publication ? " Je ne fais que rappeler que ce qui peut sembler maudit en moi n'est que la recherche, parfois violente, mais toujours âpre, de la vérité, sur moi, sur autrui, sur le monde. " p17 "  L'histoire n'est que la somme de mes terreurs et dégoûts. " Qui ne souscrirait pas à cela ? Pour ce qui suit : " Notre époque y ajoute la répugnance qu'inspire une décadence sans grandeur ni éclat, parce qu'elle a lieu sous le masque du relativisme culturel ..." Je n'en saisis pas bien le sens, toute époque est décadente. Faut-il dresser de nouvelles murailles culturelles ? C'est que feraient les censeurs du nouveau Bien s'ils en avaient le talent ! A défaut ils aboient dans des périodiques bouffés par la publicité et la propagande dont ils sont les relais et que personne ne lit. Je ne suis pas certain que le succès soit signe de putasserie ni que l'échec garantisse la qualité, mais je suis parfaitement d'accord avec Richard Millet au sujet de Modiano, lisible certes, mais le grant'écrivain français ... il ne faut pas exagérer (p30), au bénéfice de l'âge peut-être, comme le dernier poilu, il devra donc encore attendre ! A petites doses il me repose, à plus fortes, il me ferait perdre mon temps. " Le roman ne va pas plus mal que la littérature n'est en crise : cette dernière est morte de la prolifération démocratique du premier, comme des métastases d'un cancer à l'estomac. " p40 La "mauvaise" littérature n'empêche pas la bonne ! Pourtant comment ne pas approuver : " Quand je parle de mon dégoût du roman je fais allusion à la langue de mes contemporains, qui est une graisse dans laquelle se fige ou se dilue toute forme. Pour les sujets, il n'en est guère de mauvais, on le sait : il n'y a que de piètres hygiénistes de la langue. " p41 - même si on se méfierait plutôt des hygiénistes qui ont une propension naturelle à stériliser. Si les professeurs sont la démocratie, ce que je ne pense pas, elle a bien tué la littérature. L'opprobre ne fait pas plus le grand écrivain que le conformisme. La littérature n'est condamnée à priori ni à la révolte, ni à la soumission, seulement à l'indépendance. La bienpensance actuelle, c'est le christianisme sans la religion, sans le sacré de la religion, mais avec toute sa rigidité, son moralisme étroit, son intolérance illimitée, ses affreuses certitudes, surtout : son hypocrisie. " L'histoire du roman contemporain, en ce nouveau millénaire, est celle d'un appauvrissement du langage. " p166.

    " La question de la démocratie en Chine, en Inde, en Russie, et même dans l'Europe posthumaniste, me semble un effet de rhétorique, sinon un mensonge général, la démocratie suppose une une éducation qui s'est perdue avec la Technique et la fin du religieux (l'islamiste n'étant que que l'hystérisation malheureuse de cette fin) " p50 Le religieux serait nécessaire à la démocratie par le biais de l'éducation ... Richard Millet est l'un des rares, le seul peut-être, écrivain stimulant de notre époque. " Et s'il y avait pourtant un sens impartageable ? Et si la littérature n'était, dès lors, que la générosité de cet impartageable ?" p72 " La solitude est une autre façon de supporter l'humanité. L'écriture aussi, et la plus sincère puisqu'elle va jusqu'à invoquer l'hostilité du lecteur. " p77 " Je n'écris pas pour quelqu'un, ni pour un groupe ou une communauté à venir, mais pour me rendre supportable, à quelques uns dont je diffère tant. " p78 " Cherchez-moi en vous-mêmes. " p78 " Lire ... c'est en quelque sorte faire, vivant, l'épreuve heureuse du mourir. " p80 " Un écrivain citoyen est aussi obscène qu'un homme forniquant avec une dinde. " p81 Il y a pourtant déjà un certain temps que des dindes ont pris la plume des paons avec lesquels elles rêvaient de forniquer ! " Après les journalistes et les hommes politiques, ce sont les universitaires qui se mettent au roman et non seulement eux, mais la progéniture des gens en place : une littérature de fils d'archevêques. " p100 " Ecrire, c'est s'écarter d'un champ de désignation. " p 101, "... dire que Beckett est rasoir ..." Beckett m'ennuie totalement et avec lui toute sa postérité. Pris entre deux croyances totalitaires, l'ancienne, chrétienne, la nouvelle, libérale et bienpensante, je regarderais Richard Millet avec un sourire indifférent, m'en tenant à son œuvre romanesque, si son constat n'éveillait en moi de nombreux échos. L'humanité qui n'a jamais su s'approprier sans douleur les techniques dont elle se dotait, est submergée par elles au moment où le nombre explose. Ainsi nous sommes des individus surveillés par ces médias dont beaucoup pensent qu'ils informent et qu'ils sont une fenêtre sur le monde, et assiégés par le flot montant des humains - sans valeur. La parabole de la vessie : je préférerais adorer ma vessie plutôt que celle d'un Dieu illusoire dont les serviteurs zélés se croiraient autorisés à me vider les leurs sur le nez. Le nombre et la démocratie : ce n'est pas la même chose. Nous sommes tous enfermés dans des contradictions. Cette morale que Richard Millet reproche à la bienpensance c'est quand même l'héritière de celle du Christ, c'est lui qui a libéré le premier le flot. La proposition de Gracq : convoquer les plus fidèles lecteurs. Stupide et ne prouvant rien. Jamais je ne répondrais à une telle invitation. La rencontre avec l'écrivain, c'est par son œuvre qu'on la fait. C'est dans l'œuvre encore que je reconstruis, l'original ne ferait que me distraire. Certains écrivains (morts) sont d'autres avec lesquels je vis à chaque instant, je n'ai nul besoin de les rencontrer.

    Débattre, se battre, c'est se condamner à une sorte de folie. Ainsi quand Richard Millet assimile tous ses contradicteurs aux scientologues ou partisans de la scientologie ... (p 146), ce qui est tout simplement ridicule. Ceux qui se souviennent de l'inquisition n'ont en général aucune sympathie pour ces autres escrocs que sont les scientologues. Dirais-je même que condamner le communisme chinois ne m'aveugle pas sur les six mille monastères tibétains ... une horreur au moins égale. Et puis, au-delà des deux idéologies, il y a l'opposition entre deux peuples, là comme ailleurs. Je n'ai aucune sympathie pour le Dalaï Lama, même si, aujourd'hui, il est plus fréquentable que les bourreaux communistes chez qui tous les chefs d'état dits démocratiques vont se gaver de nems au caviar entre deux contrats. " Libanisation de l'Europe ", voilà peut-être le grand mot lâché, la grande peur. Ce nostalgique des papes craint les mollahs qu'il a vu agir. Le couplet scientologue vaut les piliers de bistrots de cet idiot littéraire : Benoît du Monticule, insulteur de la CIA. Gardons-nous de ces querelles idéologiques, de ces pseudos paradis chrétiens, musulmans ou communistes - sectaires - dont la nostalgie s'écrit sur le sang et la misère des autres.

    Ce que j'aime en Richard Millet, c'est qu'il renvoie à toutes les intolérances ceux qui veulent que l'on respecte non seulement les hommes, mais aussi les dogmes, ces ramassis de vieilles idées mêlées de superstitions datant de centaines ou des milliers d'années, reprises par des gourous au nom desquelles l'humanité s'est déchirée. Il appelle cela culture, place la civilisation européenne sous le signe d'une de ces sectes alors qu'elle ne s'est faite que dans la longue lutte qu'elle a eu à lui livrer pour se libérer, libération relative puisque nous sommes englués dans le sentimentalisme de la croix, dans son imagerie, de son égalitarisme larmoyant. Il nous donne une image du christianisme qui ne peut que nous conforter dans son rejet. Le dernier grand écrivain français met en scène la mort de notre littérature dans un délire politico-religieux, sous le signe de son pire ennemi, de son infatigable censeur. A ceux que cela dérange, une seule proposition : faites le mentir, donnez-nous une œuvre.  Si l'on s'en tient à lui, plus de la moitié de ceux que l'on considère comme des grands écrivains du passé ne seraient que des barbares. Mais en une chose il a raison : ceux-là mêmes qu'il nie par son discours, ne sont pas remplacés, ils n'ont pas de successeurs.

    Il y a peut-être un mot clé dans ce livre : libanisation. (P 149 : " libanisation de l'Europe. ")

    L'écrivain n'est pas le défenseur de la langue, il en est tout au plus le témoin ; les grammairiens de l'Académie française font une longue liste d'écrivains médiocres (Hermant, Orsena par exemple). Les écrivains contemporains sont rebutants soit par la langue, soit par le style, soit par les thèmes, le plus souvent par une combinaison de ces éléments.

    Citons enfin la dernière note du livre de Richard Millet : " J'ai traversé tant de ténèbres que la nuit a pour moi la douceur du jour ; une force immense me pousse, malgré l'angoisse, le doute, la peur ; écrire, ce n'est rien d'autre que rire dans la nuit, juste avant l'aurore. "

*1 Dans cette société agenouillée devant sa jeunesse décérébrée, il est bon d'être vieux. Le grand chanteur, le grand acteur, le grand écrivain, est celui qui vit vieux, le plus vieux. Hier, Salvador, aujourd'hui, Aznavour, pâle contemporain des Brel, Ferré, Brassens, dont le seul mérite est d'être encore vivant et de se pencher sur un pays déshérité ce qui est suffisant à la gloire. Même dans le monde de la variété la vague médiadocre fait de "l'ancêtre" un dieu, un petit dieu d'un jour devant lequel les vedettes d'une heure s'agenouillent, le néant chevauche le vide.      Haut de page

 En lisant Désenchantement de la littérature. Richard Millet agace, je le conçois fort bien, il ne serait pas un grand écrivain s'il n'écrasait quelques pieds, des pieds d'ailleurs auxquels nous ne portons pas un intérêt particulier. De là à le nier comme j'ai récemment entendu un abruti télémerdique le faire : " Richard Millet, l'homme qui, chez Gallimard, a édité Jonathan Littell. " en réduisant le meilleur écrivain français vivant à ... l'éditeur de Jonathan Littell, il y a non pas une marge mais un abîme dans lequel seule une vermine des lucarnes à gogos réunissant le ban et l'arrière ban d'une prétentieuse pseudo élite, pouvait impudemment tomber. Dans un premier mouvement, j'avais pensé ne pas commenter ce petit pamphlet que Gallimard nous livre sous une couverture qui semble à elle seule définir une nouvelle collection sans nom, couverture sous laquelle nous n'avons pas trouvé que du bonheur (par exemple un récent Jourde qu'il est charitable d'oublier - n'est pas Jean Raspail qui veut). Ne pas le commenter, mais l'accompagner, c'est à dire entremêler les citations et les pensées qui me venaient à la lecture de ces pages. J'ai abandonné ce projet, ces réflexions s'éloignant trop parfois selon le cours d'une méditation débridée. (Pas vraiment abandonnées, puisqu'elles figurent maintenant sur une autre page.)

    Richard Millet est l'homme de la langue, la langue est notre territoire, définit notre nation, il faut être tout à fait inculte pour ne pas reconnaître la vérité de cette affirmation même si on n'emploierait pas forcément les mêmes mots pour l'énoncer. On sait l'admiration que je porte à Richard Millet en tant qu'auteur, combien j'apprécie sa langue et sa phrase qui contraint le lecteur à une sorte de lecture bien particulière à laquelle je m'abandonne avec ce plaisir que donnent seuls les grands auteurs, mais le style ne vaut que pour autant qu'il serve le propos. Je ne pense pas qu'ici il le serve bien. Plus grave, Millet n'échappe pas au reproche de destruction de la langue quand il emploie cette détestable langue des intellectuels parisiens (*1) de la seconde moitié du vingtième siècle, truffée de termes philosophiques qui ne sont rien d'autres que des cache misères. Charabias aurait dit notre vieux Léautaud et je pense qu'Anatole France eut refermé l'opuscule sans plus, en quoi il aurait peut-être eu tort. Une des forces de notre langue est bien qu'elle n'a pas besoin de ces termes pédants et que l'on peut dans un langage simple énoncer pour [presque tous *2] ce que l'on a à dire. L'effort vaut le jeu même quand on est élitiste car l'enjeu est de savoir quelle élite on désire, celle des professeurs préside depuis plusieurs décennies à l'enterrement de notre littérature et de notre culture, raison suffisante pour ne pas s'adresser à elle. Cet essai est riche, il faudrait pour en dire ce que l'on en pense le disséquer, y répondre proposition par proposition, autant se définir directement sur ces sujets si l'on en éprouve le besoin. Notre époque est marquée par l'absence de grande œuvre littéraire qui propose au public, aux contemporains une vision salvatrice du monde. Est-ce parce qu'il ne peut être sauvé, parce que des médiocres portés au pinacle par la gent universitaire, ont dévoyé le langage littéraire, parce que le temps de l'écrit est passé ou parce que ce monde de la décadence, de la mort peut-être prochaine, devient insaisissable et ne peut plus que donner prise à de prétentieuses représentations désincarnées ? Sur un point précis comme l'emprise de la bienpensance, on se dit que c'est là un combat attardé, que cette bienpensance est bien moribonde quand ses chiens d'attaque tel le bon docteur K se font marchands d'armes et fournisseur d'une des pires vieilles crapules enturbannées, mais l'affaire Handke est là et l'on se voit contraint de reconnaître que dans l'affrontement actuel du libéralisme - le terrorisme économique - et des professionnels du bon sentiment,  deux bienpensances se donnent la main pour un terrorisme silencieux et qu'ils ne se trompent pas de cible quand il ne s'agit d'un coté comme de l'autre que d'uniformiser. Je n'aurais certes pas assisté à l'enterrement de Milosevic comme à aucun autre s'agissant d'hommes politiques, le seul intérêt de ces cérémonies ne pouvant être que de vérifier qu'ils sont bien morts, chose finalement impossible puisqu'on ne nous laisserait pas leur tirer les poils du nez. La façon dont on a traité la Serbie est détestable, ignominieuse, ne serait-ce que parce que laisser un uniforme allemand fouler, fusse en tant qu'intendance, le sol de cette région qui a tant subi des germains dans le passé récent (les deux guerres mondiales) relève d'un négationnisme absolu et que tout n'est pas possible dans un monde doté de mémoire. La mémoire était d'ailleurs le véritable enjeu de cette guerre-règlement de compte que l'Europe sous l'emprise des intérêts mafieux concurrents russo-américains a gérée n'importe comment. A mes yeux, l'Europe et sa civilisation ne sont pas chrétiennes, mais bien ce qui a couru pendant plus de mille ans sous le christianisme et qui s'en est libéré en France depuis cent ans après avoir durant des siècles souffert et balbutié sous le joug, et qui est encore à la lutte dans une partie de l'Europe, les pays les plus chrétiens de cette Europe ne brillant certes pas particulièrement. Je regarde donc en Richard Millet un ancien bourreau devenu un nostalgique impuissant, victime de la fin de l'hégémonie de la tyrannie à laquelle il s'identifie. Est-ce cela qui me le fait admirer, ou tout simplement son indéniable talent, son ton unique ou encore la communauté née de ce territoire commun que les anciennes victimes ne se portant pas mieux que les anciens bourreaux partagent avec eux, ces mots ayant eux aussi perdu leur sens ? Je ne voudrais pas que l'on pense que c'est par lâcheté ou conformisme que je ne partage pas la vision de Richard Millet, comme si cela avait une quelconque importance et comme si une voix comme la mienne pouvait avoir un sens ou une portée quelconque dans un monde aveugle, en phase d'explosion, mais la démocratie bouc-émissaire de tous les maux, c'est trop sommaire et cela n'explique rien. Ce n'est pas la misérable égalité que nous offre cette démocratie très partielle qui peut être responsable de la disparition d'une élite. Si l'élite disparaît c'est de son fait, d'autres régimes ont déjà vu le même phénomène, s'il y a décadence, c'est bien la décadence de l'élite. Il n'y a aucun danger, bien au contraire, pour l'élite à tenter d'élever le "bas", si elle se fait absorber c'est qu'elle n'était pas très "haute", rien d'étonnant si elle devient alors incapable d'éduquer mais c'est elle qui alors préside à l'effondrement général. Reste que ceux qui écartent le Richard Millet de ce texte - comme celui des romans - passent à coté d'un vrai problème et illustrent bien le vide de l'espace littéraire actuel qui ne se sera jamais remis du misérabilisme littéraire de la génération dite du Nouveau Roman et qui ne parvient pas à assimiler un monde peut-être pas devenu trop vaste mais certainement trop compliqué pour être réduit et appréhendé totalement et trop vulgaire et trop peu soucieux de talent(s) pour être objet d'une oeuvre. La démocratie est un bouc émissaire commode pour les élites indignes, incapables, qui n'ont pas su tenir leur rang et leur rôle, mais il n'est pas interdit de s'interroger sur elle surtout quand on n'en subit, comme nous, français, que la caricature. Nous ne vivons pas, contrairement à ce que croient quelques gogos stipendiés par le système, en démocratie, mais en pseudo démocratie. Les Etats-Unis comme la France de la cinquième république vivent sous un régime contrôlé dans lequel seule une élite par ailleurs assez médiocre, sans tradition et sans âme, accapare un pouvoir dont elle ne se sert que pour s'enrichir en ruinant le pays pour compte des commanditaires du fric français et étrangers, surtout américains. Dès lors, s'en prendre au système démocrate de l'état actuel de la langue, de la littérature me semble assez approximatif et tout à fait hors de propos ce qui n'existe pas ne pouvant porter la responsabilité de quoi que ce soit.

    " Le lisible n'étant aujourd'hui qu'une dimension de la visibilité médiatique qui est devenue une mesure du temps humain, l'écrivain serait donc celui qui répugne à parler ailleurs qu'en ses écrits - lesquels sont le lieu d'effondrement et d'exorcisme de la parole commune, et le seul corps qu'il puisse revendiquer, quoique ce soit la seule apparence sous laquelle les morts que nous serons bientôt continueront à dialoguer avec ceux qui le sont déjà comme avec les vivants qui nous évoquerons. " p 17.  " Je suis le troisième homme, l'improgrammable, celui qui s'invente dans le paradoxe de son propre retrait, eut-il le bruit du monde pour destin de son langage. " p 22

*1) Ceux-là même dont Durell disait qu'il ne souhaiterait pas à son pire ennemi de se réincarner dans la peau d'un intellectuel parisien de la seconde partie du vingtième siècle.

*2) Presque tous, ce n'est certes pas le propos de Richard Millet.

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Dévorations : Un livre de plus à étudier pour les futurs biographes de Richard Millet avec toutes les ambiguïtés qui s'attachent au roman et au romancier. Si un grand écrivain se reconnaît à la possession d'un langage propre, alors Richard Millet en est un. Nous connaissons maintenant bien cette phrase longue, égale, qui donne de la densité au propos, qui cerne le sujet, tourne autour en l'explorant, comme pour l'épuiser, lui prendre (ou lui donner) tout le contenu possible, revient, explore à nouveau dans un développement parallèle, les participes présent créant une sorte de passerelle entre passé et présent, une permanence d'un passé qui ne peut mourir retenu par les mots du souvenir qui sont les mots de l'être et créant une sorte d'évidence forte. Non seulement une phrase longue, voire très longue, mais une phrase au ton égal, comme un chant grégorien, proche de nous, qui nous investit, crée en nous ce personnage qui se regarde dans son histoire. Le livre s'ouvre sur une méditation de femme, une femme " ordinaire " qui connaît l'ancien écrivain de Siom. Sa méditation nous enveloppe, égale, insinuante, recréant un monde, celui qui hante et possède l'héroïne ou l'auteur. " ... Nous vivons dans un paysage qu'on s'accorde à trouver sauvage, rude mais beau, et que nous voyons, nous, sans le regarder, parce que nous sommes là depuis toujours, et que nous y finirons probablement nos jours ; et il m'a fallu le rencontrer, lui, l'ancien écrivain, pour comprendre que je l'aimais, cette terre où je vivais sans me poser de questions, sans me plaindre, sans songer, comme tant de jeunes gens, à aller vivre ailleurs, étant de Saint-Andiau comme on a les cheveux châtains ou le nez droit, et destinée à vieillir dans ce qui devient peu à peu une cité dortoir, une bourgade quelconque, endormie le long de la route nationale, au bord du haut plateau granitique où il était né, lui, l'ancien écrivain, à une soixantaine de kilomètres de là, dans ce village de Siom où je  n'avais jamais  mis les pieds et où il ne m'emmènerait pas, ayant rompu avec tout ça, ne parlant plus de ce qu'il avait été, de ce qui lui avait fait vouer sa vie à cette chose qui me reste étrangère et me paraît inutile, hors les Saintes Écritures : la littérature ; et non seulement le fait d'écrire, mais aussi la lecture ; ce qui, lorsque je le lui ai avoué, l'a laissé indifférent, donnant même à son sourire, ai-je cru comprendre, quelque chose de joyeux, cette indifférence étant peut -être ce qui, comme le dégoût des livres, comme les corps, pouvait nous rapprocher l'un de l'autre, puisque !'indifférence est ce à quoi tout homme aspire, une fois éteinte la mauvaise lueur qui rôde dans ses yeux quand il s'approche d'une femme sans lui parler ou bien avec des mots qui ne valent pas mieux que le silence. " J'ai lu ce livre au sortir de l'Aurélien d'Aragon, redoutable confrontation dont Richard Millet ne sort pas diminué et Dieu sait - ou ne sait pas puisqu'il n'existe pas - qu'il est difficile de passer entre les mains d'un lecteur après un tel chef d'œuvre ! Il y a maintenant une cinquantaine d'années que certains nous ont rebattu les oreilles de la mort du roman, Richard Millet nous démontre qu'il se porte bien y compris le romancier omniprésent qui utilise le " Je " de son héroïne tout en demeurant au-dessus, les croque morts ont disparu, oubliés, passés à la trappe des prétentieux doctrinaires, mal endémique de la littérature française, le cadavre quant à lui trotte, il suffit d'un peu de génie. Bérénice et Aurélien (*) s'aiment, ils ne se trouveront pas, Estelle aime-t-elle l'ancien écrivain ? Le mot ne convient pas vraiment, elle le rêve comme avenir, comme moyen de sortir de cette condition marquée par la côtelette de porc, simplement comme existence. Mais elle est l'orpheline, la solitude, la presque vieille fille appartenant à Saint-Andiau simplement parce qu'elle y est née. Est-ce elle où l'auteur qui nous dit : " ... si bien que ce pouvait être ça, la solitude : n'avoir pas eu d'enfance véritable et refuser d'être adulte, et non pas irresponsable mais au contraire, sachant depuis toujours que l'âge adulte n'offre rien de mieux que des rêves trop lourds. " ou " - les mots déformant tout parce qu'ils ne contiennent ni les détails, ni la texture du temps qui n'est qu'une accumulation de détails. " et encore : " Oui, ce qu'on peut appeler un autre temps, une autre vie, chaque époque dévorant la précédente, si bien que ce n'est pas le temps qui nous tue mais nous qui, incarnant le temps, ne cessons de nous dévorer nous mêmes à chaque instant. " J'ai encore dix citations qui feraient Gallimard m'interdire ce commentaire parce que contenant trop de lignes de l'œuvre mais je ne veux pas, pour des raisons personnelles - le lecteur est le tiers état de la fiction - renoncer à cette dernière : " ... et l'obéissance m'a très tôt paru le plus heureux des mensonges, une forme idéale de liberté - celle de n'être responsable que de mes songes " car Estelle ne vit que de songes, comme tout écrivain véritable peut-être, mais qui parle alors ? Revenons à Aragon qui nous dirait : Estelle pensée, activée, mue par Richard Millet. D'ailleurs qu'est-ce qu'un écrivain aujourd'hui ? " Les gens de Saint-Andiau, comme presque tout le monde, aujourd'hui, détestant les écrivains pour leur appartenance à l'ancien monde, alors qu'ils se veulent, ceux de Saint-Andiau, modernes, absolument de leur temps, donc oublieux, ignares, méprisants ; et je peinais à me représenter que je ne différais guère d'eux. " conclu l'héroïne.  Encore un livre de Richard Millet qui nous réconcilie avec l'édition !

    Le mensuel Lire qui est certainement à la littérature ce que les politiciens sont à l'intérêt public, consacre quelques lignes à ce livre. De toute évidence il situe Richard Millet au-dessus des capacités de ses lecteurs - il a raison - tout juste bons pour Nothomb, qui fait la couverture pour son roman alimentaire de l'année 2006/7 - elle est un peu une sorte de boucher dont on se dirait à chaque fin de vacances : " Voyons quel nouvelle forme de steak nous réserve-t-il pour cette saison ? ", personnellement je suis végétarien - et le second un dossier que rien ne peut justifier si ce n'est la peur de ne pas parler assez tôt du psychopathe à la mode.

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Le goût des femmes laides : Le goût des femmes laides, c'est en fait le récit de la laideur d'un homme, le narrateur, le " laidassou ", double de l'auteur - je ne dis pas que l'auteur est laid - dont la laideur est le pivot de la solitude et qui se contente de rêver dans les livres des autres les livres qu'il n'écrira pas. Plus je lis Richard Millet et le cycle de Siom, plus j'ai le sentiment d'être, en le lisant, cet écrivain qui rêve ses livres dans les livres d'un autre. Son écriture simple et dense, sa phrase longue - cela n'est pas incompatible - qui accepte les digressions, éveille en nous des échos très concrets et donne l'impression de chercher à partager la création. Ecrivain de la langue, Richard Millet pénètre son lecteur, le plie à sa nostalgie créatrice, le renvoie dans un passé duquel il ne peut que difficilement ne pas se glisser dans le sien se tenant ainsi durant sa lecture sans cesse à la limite des deux réels disparus, faisant bénéficier le second de cette force évocatrice qui permet l'illusion de la création. Peu d'écrivains ont ce pouvoir comme si la volonté de l'auteur de faire vivre la langue, de vivre par elle, plongeait en nous vers des racines que le présent nie et dont l'absence peut conduire à l'asphyxie. Forte expérience de réappropriation intemporelle qui nous pose face à un présent vécu comme dissolution. Il est facile d'amener à soi le lecteur à travers les héros de rêve, c'est ce que fait la littérature " à l'eau de rose ", plus rare, certainement, de remuer dans la profondeur des êtres des sentiments anciens et leurs résonances en les confrontant à une image qui, bien qu'extrême, la laideur reste proche, assez proche pour être partagée par tous. C'est bien, en fait, à l'idée qu'on a et qu'on a pu avoir de son visage que l'on est confronté, vision à laquelle les autres ne participent pas toujours de façon volontaire, nous aidant seulement à la construire, parfois dans le malentendu.

    Un livre qui devrait retenir les jurés du Goncourt pour autant que des nains puissent encore couronner un écrivain comme Richard Millet, le meilleur écrivain français vivant, peut-être un des seuls? Ce serait en tout cas une bonne occasion non seulement de gifler comme ils le méritent les fabricants de savonnettes à la mode et leurs épiciers éditeurs qui se sont déjà octroyé ce prix par minables médias interposés, mais aussi de permettre enfin au grand public de découvrir une œuvre rare, dense, loin des sentiers battus, qui fait honneur aux lettres françaises et nous réconcilie un peu, même dans la nostalgie, avec notre époque. ( Gallimard - € 15,90 )

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Petit éloge d'un solitaire : Les vies sont des légendes en quête de bouches. Une légende est une forme d'innocence, et la vérité est aussi de cet ordre ..." Cette vie qu'évoque Richard Millet, c'est celle de son grand-père, Germain Millet, qui mourut quinze jours après sa naissance qu'il aurait salué d'un " Maintenant je peux mourir en paix. " Vie proche et lointaine, vie d'un autre temps où les choses et les êtres étaient différents, plus marqués par les nécessités premières qui forgeaient des personnalités plus fortes. Cet éloge d'un solitaire, petit texte de quatre-vingt pages, est, pour ceux qui ne l'auraient pas encore fait, une bonne occasion d'entrer dans une œuvre forte et originale dont l'écriture marquée par l'obsession de la langue et des origines, nous enveloppe comme une litanie intelligente.

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 Bibliographie

- Israël depuis Beaufort (Les Provinciales, 2016)

 

- Jours de lenteur (Fata Morgana 2016)

 

- Le Sommeil des Objets (Pierre Guillaume de Roux, 2016)

 

- Tuer (Léo Scheer 2015)

 

- Un sermon sur la mort (Fata Morgana - sermon, 2015)

 

- Solitude du témoin (Editions Léo Scheer - pamphlet, 2015)

 

- Charlotte Salomon, précédé d'une lettre à Luc Bondy (Pierre Guillaume de Roux, 2014)

 

- Sibelius, Les cygnes et le silence. (Gallimard, Blanche, 2014)

 

- Chrétiens jusqu'à la mort (L'Orient des livres, 2014)

 

- Le corps politique de Gérard Depardieu (Pierre Guillaume de Roux, 2014)

 

- Lettre aux Norvégiens sur la littérature et les victimes (Pierre Guillaume de Roux, 2013)

 

- Une artiste du sexe (Gallimard - Blanche 2013)

- Lettre aux Libanais sur la question des langues (L'Orient des livres 2013)   

- Trois légendes (Pierre Guillaume de Roux, 2013)

 

- L'Etre-bœuf (Pierre Guillaume de Roux, 2013)

 

- Langue fantôme suivi de Eloge littéraire d'Anders Breivik (Pierre Guillaume de Roux, 2012)

 

- Intérieur avec deux femmes (Pierre Guillaume de Roux, 2012)

 

- Esthétique de l'aridité (Fata Morgana - sermon, 2015)

 

- De l'antiracisme comme terreur littéraire (Pierre Guillaume de Roux, 2012)

 

- La voix et l'Ombre (Gallimard - L'un et l'Autre 2012)

 

- Eesti, notes sur l'Estonie (Gallimard 2011)

 

- La fiancée libanaise (Gallimard - Blanche 2011)

 

- Gesualdo (Gallimard  - 2011)

 

- Arguments d'un désespoir contemporain (Essai) (Hermann 2011)

 

- Fatigue du sens (Essai) (PGDR 2011)

 

- Tarnac (Récit) (L'Arpenteur, 2010)

 

- L'enfer du roman (Essai) (Gallimard, Blanche, 2010)

 

- Brumes de Cimmérie (Récit) (Gallimard, Blanche, 2010)

 

- Cinq chambres d'été au Liban (Fata Morgana 2010)

 

- Le Sommeil sur les cendres (Gallimard, Blanche 2010)

 

- Esthétique de l'aridité (Fürstemberg 2009)

 

- Lettre aux libanais sur la question des langues (Fürstemberg 2009)

 

- L'Ennemi (Fürstemberg 2009)

 

- Autres jeunes filles Illustré par Sarah Kaliski (Fata Morgana 2009)           

 

- La Confession négative (Gallimard, Blanche 2009)

 

- Corps en dessous (Fata Morgana 2008)

 

- L'Opprobre (Gallimard, Blanche 2008)

 

- L'Orient désert ( Mercure de France 2007 )

 

- Tombés avec la nuit (L'Archange minotaure 2007)

 

- Désenchantement de la littérature ( Gallimard 2007 )

 

- La Muraille de Houx, avec des illustrations de José Sammartin ( Editions Azul, 2007 )

 

- Sacrifice, avec des photographies de Silvia Seova, ( L'Archange Minotaure, 2006 )

 

- Le Cri, avec des illustrations de José Sammartin ( Editions Azul, 2006 )

 

- L'Art du bref ( Gallimard, 2006 )

 

- Petit éloge d'un solitaire ( Gallimard, 2006 )

 

- Dévorations ( Gallimard, 2006 )

 

- Le goût des femmes laides ( Gallimard 2005  Folio n° 4475 )

 

- Le dernier écrivain ( Fata Morgana, 2005 )

 

- Harcèlement littéraire    - Entretiens avec Delphine Descaves et Thierry Cecille  ( Gallimard 2005 )

 

- Fenêtre au crépuscule - Conversation avec Chantal Lapeyre-Desmaison ( La Table ronde 2004 )

 

- Musique secrète ( Gallimard 2004 )

 

- Pour la musique contemporaine ( Fayard 2004 )

 

- Ma vie parmi les ombres ( Gallimard 2003 Blanche, Folio n° 4225 )

 

- Le renard dans le nom ( Gallimard 2003 Blanche, Folio n° 4114 )

 

- Le sentiment de la langue I, II, III ( La Table ronde, Vermillon, 1993- 2003 )

* * *

- L'Invention du corps de Saint Marc ( POL 1983 )

 

- L'Innocence ( POL 1984 )

 

- Sept passions singulières ( POL 1985 )

 

- Le plus haut miroir ( Fata Morgana 1986 )

 

- Beyrouth ( Champ Vallon, 1987 )

 

- L'Angélus ( POL 1988 Folio n° 3506 )

 

- La chambre d'ivoire ( POL 1989 folio n° 3506 )

 

- Laura Mendoza ( POL 1991 )

 

- Accompagnement ( POL 1991 )

 

- L'Ecrivain Sirieix ( POL 1992 - Folio n° 3506 )

 

- Le chant des adolescentes ( POL 1993 )

 

- Un balcon à Beyrouth (La Table ronde 1994 )

 

- Cœur Blanc ( POL 1994 )

 

La gloire des Pythre ( POL 1995 - Folio n° 3018 )

 

- L'amour mendiant ( POL 1996 La petite Vermillon, 2007 )

 

- L'Amour des trois sœurs Piale ( 1997 - Folio n° 3199 )

 

- Autres Jeunes Filles, avec des dessins d'Ernest Pignon-Ernest ( Janaud, 1998 )

 

- Cité perdue ( Fata Morgana 1998 )

 

- Le cavalier Siomois ( François Janaud 1999 - La Table ronde 2004 )

 

Lauve le pur ( POL 2000 - Folio n° 3588 )

 

- La Voix d'alto ( Gallimard 2001 - Folio n° 3905 )

 

- L'accent impur ( Editions Dar An Nahar Beyrouth 2001 )                    Haut de page

J'ai repris ci-dessous deux textes de circonstance consécutifs à ma découverte de Richard Millet. Je pense toujours qu'il est des deux ou trois écrivains français importants de notre époque, je ne connais pas encore les autres, et je regrette qu'il ne soit pas plus reconnu même si je suis bien certain que les vrais lecteurs le connaissaient tous avant moi !  Il est vraiment regrettable que les Goncourt aient manqué avec Ma vie parmi les ombres l'occasion de le révéler au grand public, désormais je crains qu'il soit un peu tard. Autre regret, celui que Gallimard n'ait plus de ces collections reliées, comme la collection Soleil, dans lesquelles il nous serait agréable de conserver les livres qui nous plaisent. Il est vrai que bien peu le mériteraient et vous me direz que c'est là du fétichisme, qu'importe ?

Richard Millet  Je n'ai pas parlé au sujet de cette rentrée (2003) d'un auteur dont je connaissais simplement le nom sans avoir jamais rien lu de lui. Cette année, il nous offre deux livres, chez Gallimard, et on a l'heureuse impression que cette maison d'édition renaît un peu! Que se passerait-il si, aujourd'hui, un Gide ou un Proust, inconnus, publiaient? D'abord, il faudrait qu'ils parviennent à forcer les portes d'un éditeur, car, paradoxalement, je ne suis pas certain que ces éditeurs qui publient décidément beaucoup, publient tout ce qu'ils "devraient" publier! Ensuite, n'y aurait-il pas un grand silence sur leurs livres trop difficiles à lire ou pas dans l'air du temps, comme si on ne les lira pas dans vingt ans alors qu'on aura bien oublié Amélie et les autres! Je dois avouer que je suis un peu gêné de parler de Richard Millet, d'abord parce que je le connais trop peu, ensuite parce que je ne suis pas sûr de trouver ce qui devrait convaincre de le lire. Je ne peux m'empêcher d'un agacement assez vif en découvrant dans certaines critiques le concernant le terme si ridiculement parisien de "régional". Je ne sais pas si certains pensent que parler de gens qui ne vivent pas à Paris, de lieux autres que Paris ou d'événements qui se passent ailleurs qu'à Paris, relève d'une littérature d'un ordre inférieur que le qualificatif de "régional" suffit à placer au troisième rayon! Toute littérature dès qu'elle est située géographiquement, même si elle se passe à Paris, est régionale mais aucune œuvre quand elle nous parle de l'homme, quand elle nous touche, n'est régionale, elle devient universelle. Il y a la littérature universelle d'Yvetot comme il y a celle de Montmartre, comme il y a celle de Siom!

Ce qui touche immédiatement quand on aborde Ma Vie parmi les Ombres ou Le Renard dans le Nom, c'est l'écriture, la phrase. Elle se déroule, lente, serrée, longue, évidemment on ne peut s'empêcher de penser à Proust. On est loin de cette sous littérature d'hommes pressés aux phrases tronquées, à la ponctuation envahissante et farfelue! Ensuite, c'est le discours. On nous parle "dans notre tête", nous déroulons un monologue qui ressemble au notre, à celui par exemple de mes promenades, quand je me parle ou que j'écris mentalement, regrettant toujours de ne pas pouvoir saisir sur le vif ce discours que je m'adresse. C'est une exploration. Si j'ai eu un peu de mal à trouver la "musique" de l'auteur, j'ai été récompensé de l'avoir cherchée. Quand on la tient, elle nous prend, ne nous quitte plus et les choses vont comme elles le doivent. J'avais mis de coté ces deux livres, j'y suis revenu et c'est avec plaisir que je m'y plonge, un plaisir qui n'est pas de tous les jours quand on sacrifie à l'actualité littéraire mais qui est rarement de cette qualité! La façon de situer l'histoire - Le Renard dans le Nom -, de dessiner par ouïe dire les personnages, leur donne une étonnante densité, au-delà des rumeurs évoquées, on croit saisir la vie avec tous ses possibles, on est dans le pays, on vit au milieu de ces gens déjà d'un autre âge. L'auteur a une force d'évocation rare.

Richard Millet a été plutôt ignoré des prix, il est paraît-il, sur la "troisième liste" (non mais, quel ridicule!) du Renaudot! Evidemment, cela ne fait jamais de mal de faire connaître le nom d'un écrivain de grand talent, mais gageons que s'ils continuent de l'ignorer, ce sont les donneurs de prix qui seront ridicules! Il est vrai qu'ils en ont l'habitude!

"Car on le disait coureur comme son père et le père de son père, ce nouveau parpaillot, sans pourtant être en mesure de rien prouver ni l'avoir vu en compagnie d'aucune fille, au bord de l'eau, dans la campagne ou dans les bals qui se donnaient, l'été, à Siom, aux Buiges, à Villevaleix, à Treignac, et sans songer que c'étaient les filles de Siom qui lui couraient après, d'une certaine façon, quelques-unes allant même jusqu'à envier...  .......  ....alors que l 'homme demeure la proie de son désir et, le plus souvent, passe à le satisfaire ou à le fuir plus de temps qu'à apaiser ses autres faims. Bienheureuses les bêtes, car elles n'ont pas cette ceinture de feu autour des reins ni cette couronne de flammes qui les aveugle, oui, bienheureux ceux qui pourraient trouver la paix des bêtes couchées dans les prés et contemplant les nuages, dit ma mère avec un étrange sourire." Le Renard dans le Nom, pp58-59

Richard Millet, chez Gallimard, Collection Blanche, Le Renard dans le Nom, €11, Ma Vie parmi les Ombres, €24.

Richard Millet a publié de nombreux livres, (25 autres titres dans la bibliographie indiquée dans Ma Vie parmi les Ombres) chez P.O.L. pour la plupart dont certains évoquent également Siom ( Viam ) et sa région.

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1er novembre 2003

Un grand écrivain est l'homme d'une création forte, qu'elle soit due à son imagination ou qu'elle transcrive un réel, n'ayant d'ailleurs peut-être existé que pour lui. Il est également, mais de cela il n'est pas forcément conscient, un homme qui donne du plaisir à des inconnus qui sont des lecteurs. Découvrant Richard Millet, un temps après avoir pris l'un de ses livres pour la première fois, après avoir rôdé autour de ses textes comme un voleur qui ne sait par où ni comment entrer dans la riche demeure qui n'est pas encore la sienne, j’ai eu cette sorte de révélation que donne un texte qui se, donne, qui offre ses trésors. Le voile s'est déchiré, cette longue phrase qui a commencé par se refuser à moi, par me dérouter, s'est livrée dans son évidence. J'ai relu ce que j'avais lu sans comprendre, dans une sorte de rêve obtus, chaque mot a pris un sens qui m'avait échappé ce qui m'a été scandale. J'aurais voulu crier, réveiller tout ceux qui dormaient, c'était la nuit dans la maison silencieuse, pour leur dire cet événement, cette chose énorme : je viens de découvrir un trésor d’écriture, un écrivain, un de ceux qu’on nomme grands, tant pis si cela fait rire les cuistres, un vrai, un de ces donneurs de plaisir, un de ces créateurs de vie. Il m’a toujours semblé que si Stendhal naissait aux lettres, aujourd'hui, là, à coté de moi, tout devrait s'arrêter, le cours des choses cesser d'être ce qu'il était dans son stupide non sens et que la fête devrait commencer, la célébration intime et la reconnaissance dans son double sens et cela arrive. Rien ne se passe que le bonheur secret, que la transfiguration de ces moments de grâce que connaît le lecteur et qu'il prolonge en devenant lui aussi écrivain comme l'amant, ainsi que nous le dit d'entrée le narrateur du livre, vidé après l’étreinte, tente de se recréer au travers de l'ordre de la langue et de la mémoire. Je l'avais toujours pressenti, ce pays des mots aux mots ne pouvait être mort, le passage des barbares, les effets de leur long règne que 45 ni 61, n'ont terminé dans le domaine des lettres, bien au contraire, ne pouvaient être total. Un souffle suffit, une parole, la longue phrase est là et ses évidences, sa création continue. Si la bête n'a eu de successeurs que la lie de la langue et de l'esprit, que ces stupides scribouillards sans talent, sans cervelle, qui dénouent le sens et vident les mots de tout contenu parce qu'ils ne savent pas donner à la vie ce qu'elle offre, l'Autre, celui qui est mort le souffle court comme si quelqu'un, un Dieu inexistant et néanmoins mauvais, avait voulu se venger de celui qui a donné aux autres une nouvelle mesure du langage, sinueuse, pleine de bonheur, liée à cette mémoire dont on ne sait jamais tout ce qu'elle recèle et quels trésors elle peut inventer, vient de trouver sa vraie postérité qui est là comme le bonheur, discret, avec ce que cela a pour nous d'intolérable, solide, avec ce que cela a de rassurant car comme encore il nous le dit par la voix de la mère de la mère d'un de ses narrateurs : "la langue nous empêche d’être nus comme des sauvages, comme des amants criminels, comme les bêtes…" Richard Millet est l'écrivain qui me redonne foi en une époque qui ne se paie que de mots dévalués devenus maux et que je croyais désertée par la littérature. 7 novembre 2003

On sait le nombre étonnant de prix littéraires décernés chaque année, c'est dire s'il a fallu de la chance à Richard Millet pour n'être pas couronné par un de ces jury d'écrivaillons et bas bleus qui composent l'essentiel des jury le reste l'étant de lecteurs un peu mégalomanes qui se prennent pour Goethe ou Hugo quand ils se voient en pouvoir de récompenser des gens de ce qu'eux ne savent pas faire : écrire ! C'est donc l'année où il publie deux livres, le premier dénommé "récit", un petit chef d'œuvre de finesse et de subtilité, le second un gros pavé appelé roman qui est une véritable somme et qui, sous des dehors d'évoquer un passé proche à jamais disparu, nous parle quand même de nous et de notre temps, que ces jurés inénarrables auront trouvé le moyen de l'ignorer totalement ! Disons-le, c'est peut-être bien ainsi, le plus grand écrivain français vivant n'aura pas ainsi servi d'alibi au renflouement d'un prix dévalué ou ignoré !

 

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