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AUTEURS : Les auteurs présents sur ce site

LES ŒUVRES : Leurs oeuvres

 

Françoise SAGAN

1935 – 2004

Les merveilleux nuages (verso en livre de poche)

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Françoise Sagan est née à Cajarc (Lot) le 21 juin 1935, elle meurt à Honfleur le 24 septembre 2004. De son vrai nom Françoise Quoirez, elle fait une entrée fracassante dans le monde des lettres en 1954 avec Bonjour tristesse, un court roman écrit un an plus tôt, elle a dix-neuf ans et on ne l’oubliera plus.

Souvent contestée, la jeune prodige va s’affirmer comme une représentante de sa génération et peut être considérée comme un précurseur de la révolution culturelle de 1968 même si elle est perçue lors de sa révélation comme une représentante de cet existentialisme que le grand public ne dissocie pas de la fête à Saint-Germain-des-Prés. En réalité elle représente la première manifestation littéraire de ces fameuses « trente glorieuses » durant lesquelles la syphilis et ses petites sœurs sont vaincues par la pénicilline avant que les laboratoires américains ne fabriquent le SIDA. Trente glorieuses qui voient le jour après le plus immonde des massacres que les hommes aient connu, dernière dérive des notions de patries, de races et de philosophie de l’histoire et sous la menace des bombes atomiques que l’on a presqu’oubliées aujourd’hui, au point même d’en défendre pour certains le droit de les posséder par d’immondes salauds tels les islamistes iraniens.

Françoise Sagan transcendait, avec un talent plus sûr, pour une génération nouvelle, l’œuvre et l’image d’un Roger Nimier, la douleur d’exister lui donnant une profondeur, cachée, qui n’existe pas chez ce dernier. Né en 1942, je suis de ceux qui se reconnaissent en partie en elle, même si je n'ai jamais fréquenté les mêmes gens et les mêmes milieux.

Entre succès et galères, la vie de Françoise Sagan sera débridée, assez malheureuse, marquée par des passions fatales telles le jeu et la drogue et des engagements qui témoignent assez de son authenticité, son œuvre témoignant pour sa part de son talent. La France éternelle - celle des cons - au travers de ses administrations, lui fera un fin de vie d'enfer, espérons qu'elle n'aura pas l'outrecuidance de l'honorer un jour ! On se passe très bien de ces honneurs dégradants, laissons-les aux Malraux et autres écrivains "officiels" en cours d'oubli, bien pâles aujourd'hui !

 

Au revoir Françoise : Je reprends ici la petite note que je posais sur ce site le 25 septembre 2004 à la mort de Françoise Sagan. Comme beaucoup de personnes de mon âge, je saluais le départ d’une partie de moi.

25 septembre 2004

Une sortie m'attriste beaucoup, celle de Françoise Sagan. J'étais jeune quand elle a publié son premier roman, je me souviens du bruit qu'il fit, peut-être même peut-on parler de scandale dans cette France ancienne totalement anesthésiée qui devait voler en éclat en 68, mais qui est encore le lot de certains attardés qui foisonnent dans les cercles gouvernementaux, souvent en prétendant incarner l'avenir. J'ai aimé ses romans, plus tard ces sortes de chroniques qu'elle a publiées à plusieurs reprises en volumes. Son personnage était sympathique, loin de toute pose, sans affectation, elle donnait le sentiment d'être gentiment elle, je crois qu'elle fut sa pire ennemie. Aux yeux du public de ses années succès elle fut l'incarnation de ce que le grand public pensait être l'existentialisme. J'espère que l'on ne l'oubliera pas, qu'on continuera à la lire pour le plaisir, la meilleure raison de lire. Malgré sa discrétion, j'espère qu'elle laisse un journal ou quelques inédits autobiographiques, ce n'est pas simple curiosité, mais je pense que ce qui a agité cette vie, sous son talent peut nous apporter encore quelque chose. Au revoir Françoise, bonne paix !"                                                  Haut de page

(septembre 2014) On reparle de Françoise Sagan au dixième anniversaire de sa mort, cela prouve que l'œuvre est encore vivante et bien vivante. Certains répètent à l'envie "ses petits romans" ainsi qu'elle désignait elle même son œuvre, un auteur a toujours tort de se dénigrer, les imbéciles le prennent au sérieux. "Ses petits romans" sont souvent ciselés et sont des bijoux, ils n'ont rien à envier à ceux de Mauriac par exemple dont on pourrait dire la même chose et à qui les bouseux de Stockholm décernèrent un prix dynamite. Sagan représente avec brio, sérieux et talent une partie de sa génération.

 Bibliographie

Bonjour tristesse 1954                                                

Un certain sourire 1956                                                                                     

Dans un mois, dans un an 1957 

Aimez-vous Brahms .. 1959

Château en Suède 1960

Les merveilleux  nuages 1961

Les violons parfois 1962

La robe mauve de Valentine 1963

Toxique 1964

Bonheur, impair et passe 1964

La chamade 1965

Le cheval évanoui, L'écharde 1966

La garde du cœur 1968

Un peu de soleil dans l'eau froide 1969

Un piano dans l'herbe 1970

Des bleus à l'âme 1972

Un profil perdu 1974

Réponses 1974

Des yeux de soie 1975

Le lit défait 1977

Il fait beau jour et nuit 1978

Le chien courant 1980

La femme fardée 1981

Musique de scène 1981

Avec mon meilleur souvenir 1984

De guerre lasse 1985

La maison de Raquel Vega 1985

Sarah Bernhardt : le rire incassable 1987

Un sang d'aquarelle 1987

Au marbre, Chroniques 1952 - 1962 1988

La laisse 1989

Un orage immobile 1989

Un chagrin de passage 1990

Les faux-fuyants 1991

Répliques 1992

Et toute ma sympathie 1993

Le miroir égaré 1996

Derrière l'épaule 1998

Bonjour New-York 2007

Un certain regard (Réponses et Répliques, Mémoires) 2008

Maisons louées 2008

Le régal des chacals 2008

Au cinéma 2008

De très bons livres 2008

La petite robe noire 2008

Lettre de Suisse 2008                Haut de page

Album Sagan aux éditions de l'Herne, un album de poche à 9,90 €, autour de textes de Françoise Sagan. Très intéressant pour ceux qui désirent simplement entendre et voir Françoise.

 Bonjour Tristesse (1954)

Ce très court roman aurait été fait pour choquer une France coincée, celle de Mauriac, de Gaulle et de tous les hypocrites et pétainistes catholiques réfugiés derrière eux, qu’il n’aurait pas été autre. Le récit un peu triste d’une jeune narratrice paumée, ne sachant pas trop que faire de sa neuve liberté auprès d’un gentil père superficiel et jouisseur est en lui-même une innocente provocation. Une femme arrive, figure de la mère autant que de la femme indépendante maîtresse de son destin, aussitôt détestée et admirée, désirée et rejetée. La petite machination mise en place dans la lâcheté de l’irresponsabilité, évite le vaudeville. La narratrice tente d’explorer ses motivations profondes mais ne donne prise qu’à la facilité du moment et au plaisir qui n’est que la satisfaction immédiate des désirs dans la paresse. La mort, la culpabilité, tout cela est évacué d’autant plus facilement qu’ainsi que le constate la narratrice, la perturbatrice a eu le bon goût de partir sans bruit, sur la pointe des pieds. Ce récit profondément désabusé n’est pas si loin de l’Etranger de Camus. Littérairement il est une parfaite réussite. Dommage d’entrer en littérature avec un tel chef d’œuvre vu comme une suprême légèreté, il marquera l’auteur tant dans sa vie que dans sa réputation.

« Je m’allongeais dans le sable, en prenais une poignée, le laissais s’enfuir de mes doigts en un jet jaunâtre et doux, je me disais qu’il s’enfuyait comme le temps, que c’était une idée facile et qu’il était agréable d’avoir des idées faciles. C’était l’été. » p 13 « … j’éprouvais en face des gens dénués de tout charme physique une sorte de gêne, d’absence ; leur résignation à ne pas plaire me semblait une infirmité indécente. » p 14 « Je crois bien que la plupart de mes plaisirs d’alors, je les dus à l’argent : le plaisir d’aller trop vite en voiture, d’avoir une robe neuve, d’acheter des disques, des livres, des fleurs. Je n’ai pas honte encore de ces plaisirs faciles, je ne puis d’ailleurs les appeler faciles que parce que j’ai entendu dire qu’ils l’étaient. » p 27 Le récit est plus simple que vif, naturel, au fil des événements, la narratrice se situe, définit son milieu. « Idéalement, j’envisageais une vie de bassesses et de turpitudes. » p 29 (Je vois ce croque mort de Couve de Murville, - heureusement bien oublié aujourd’hui - en deuil peut-être des excellences épiscopales pétainistes, ses anciens amis avant qu'il ne se découvre gaulliste - en 1958 -, avaler son manche à balai glabre devant cet oxymore.) Quand elle aime, cela s’écrit : « En ce moment, je l’aimais. » p 33 « Je me rendais compte que l’insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie et ne pas disposer d’arguments pour se défendre. » p 63 « Sans doute, à son âge, je paierai aussi des jeunes gens pour m’aimer parce que l’amour est la chose la plus douce et la plus vivante, la plus raisonnable. Et que le prix importe peu. » p 124                Haut de page

 Un certain sourire (1956)

" Il me regardait et, quand il vit mon sourire, se leva. Il n'admettait pas que je fusse heureuse sans lui. Mes bonheurs ne devaient être que des moments essentiels de notre vie commune. ... mais, ce jour là, je ne pus le supporter et me détournai. " p 13 (La première du roman) L'héroïne nous dit de son amant, le premier : " Il ne m'est rien, pensais-je soudain, il m'ennuie, je ne suis rien, parfaitement rien. " p 15 puis : " Tout au long de ce boulevard et sur la plate-forme de l'autobus qui nous emmenait retrouver l'oncle voyageur, j'aimais bien Bertrand. " p 15 Question de circonstances, de sensations immédiates. Nous sommes dans cet après-guerre qui a vu l'effondrement des mots, de ceux qui ont tué en 14-18, qui n'avaient plus cours en 39-45, elle nous dit, cette jeune héroïne, le plus simplement du monde : " Vivre au fond, c'était s'arranger pour être le plus content possible. Et ce n'était pas si facile. " p 18 Content, pas heureux, et même cela : " ce n'était pas si facile " ! " Je le savais malheureux de ne plus me voir et cela m'empêchait de l'être vraiment moi-même. " p 36, au demeurant très sociable dans ce cas.

A une époque, la nôtre, de discours moraux lénifiants sur une réalité glauque, qui servent de parure à une société égoïste, corrompue jusque dans ses élites supérieures, profondément pourrie, le discours gentiment scandaleux de Françoise Sagan qui nous décrit un amoralisme du plaisir et de la facilité, prendrait une allure dérangeante si l'on n'avait dans ce cas la parade : " C'est un témoignage intéressant sur ces années d'après-guerre, une œuvre littéraire ..." Bien sûr Françoise Sagan nous conte une histoire, mais elle procède par tranche de temps, marquées ou pas par des événements assez banals, et nous décrit des sentiments, des états. La narratrice explore les siens et nous renseigne sur ceux des autres personnages, sur ceux de ses partenaires et de la femme de celui qu'elle aime. Il s'agit bien de relations entre des gens qui s'aiment ou pas, des couples qui passent. Ce découpage qui semble neutre, qui domine une mince intrigue et parfois semble l'ignorer, cela ressemble à du Chardonne, mais le ton, le contexte, les morales, sont tels que le rapprochement est difficile. La jeune Françoise Sagan, quand elle écrit ce second livre, a déjà assimilé beaucoup de choses. Son style oscille entre phrases courtes et plus longues, selon les besoins du récit. Elle ne nous présente pas un personnage immoral, ni même amoral. Son héroïne a une morale contrairement à ce que pense Luc, son amant et séducteur qui lui dit : "Mon pauvre chéri. Vous êtes bien à plaindre. Si encore vous aviez quelques notions de morale élémentaire. Mais vous n'en avez pas plus que moi. Et vous êtes gentille ..." p 34 Cette morale, c'est la morale des sentiments et du plaisir immédiat. Chez notre héroïne qui n'aime pas trop fortement, qui relativise ses sentiments, cette morale ne peut pas ériger d'interdits. Nous sommes dans un post-christianisme dans lequel on se laisse vivre. Cette façon de s'anesthésier convient bien à une génération qui vient de découvrir l'holocauste, à qui on balance dans la gueule la sale guerre d'Algérie et qui doit cependant continuer à vivre. On notera dans la phrase de Luc, l'absence de points d'exclamation après "élémentaire" tout come après "moi", de simples points suffisent, tout cela ne fait pas drame. L'auteur prend un certain recul avec son personnage narrateur et l'énoncé d'axiomes tels que : " Il est d'ailleurs plus sain de prêter des qualités aux autres que de se reconnaître des défauts. " p 38 ne va pas sans dérision. Les choses viennent "comme cela", les sentiments ne sont, en général, pas très forts ou on affecte de le penser, "... je m'entortillai en me disant que le bon sens consistait à laisser les choses se faire ou ne pas se faire, qu'il ne fallait pas toujours disséquer, mais être tranquille, brave : je ronronnais de mauvaise foi." p 61 Ainsi de la jalousie, on est "vaguement jaloux" p 39. " Je l'aimais gai. On aime bien que les gens auxquels on fait du mal soient gais. Ça dérange moins. " p 48 Elle est d'ailleurs, l'héroïne, assez timide, "Elle avait cet air décontenancé des gens très aimables qui n'osent jamais protester, serait-ce pour défendre leur vie." p 48. J'aime une courte phrase telle que : "Errer d'un meuble à l'autre, d'un champ à l'autre, d'un jour à l'autre ..." pp 89/90 Au-delà de la légèreté dans les choix et la maitrise des événements, les sentiments existent, ils font souffrir, ils creusent le vide si cela est possible, rendent plus prégnante la solitude, cela est dit et communiqué simplement et avec assez de force. Maintenir toujours la balance entre le détachement de sa propre vie et la réalité des sentiments, voilà peut-être un tour de force, une savante traduction d'un réel partagé par toute une génération et certainement par de nombreuses personnes encore aujourd'hui.

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 Dans un mois, dans un an (1957)

Roman du plaisir, du désir, triste, passager, en contrepoint la tentation de la durée qui passe parfois ; ce troisième roman, met en scène plusieurs couples transversaux autant que naturels. Moins dense que les deux précédents pour cette raison, court comme eux, il laisse surtout l'image désabusée d'existences superficielles. L'effet provoquant est passé, on trouve peu de maximes telles que celles des deux premières oeuvres. Ce troisième roman confirme cependant un écrivain maître de ses moyens, son style, son univers, un moraliste, non traditionnel certes, mais aucun moraliste ne l'est, qui porte un regard lucide sur une petite société. " C'était un réveil symbolique mais Edouard ne le prit pas ainsi. Il ne put, dès ce moment-là, savoir que sa passion pour Béatrice se résumerait à ceci : un regard fixé sur un dos. " p 72 " La renommée n'est pas une chose qui éclate mais qui s'insinue. Elle se traduit un jour ou l'autre par un fait que l'intéressé considère comme marquant ..." p 73 " Car le malheur n'apprend rien et les résignés sont laids. " p 127 " Je suis comme l'étranger de Baudelaire, disait-il [Alain Maligrasse] à Bernard atterré, je regarde les nuages, les merveilleux nuages. " p 136            Haut de page

 Les merveilleux nuages (1961)

Nous retrouvons Josée, un des personnages de Dans un mois, dans un an, et son amant de passage, Bernard, devenu écrivain, riche, sans sa femme, Nicole. Josée est mariée à un Américain, Alan, le genre qui se fait materner, qui donne mauvaise conscience quand on pense à le quitter, "... que va-t-il devenir ?"  Quand elle revient à Paris, Josée est curieuse de tout : " Elle aurait voulu tout savoir de chaque personne présente ; comment ils s'endorment, de quoi ils rêvaient, ce qui leur faisait peur et plaisir et de la peine. Pendant une minute, elle les aima tous avec leurs ambitions, leur vanité, leur défense puérile et cette petite solitude qui tremblait au milieu de chacun sans jamais s'arrêter. " pp 93-94 Deux " philosophies " s'opposent : " Alan est persuadé que chaque être humain patauge dans sa boue originelle, que rien ne peut l'en tirer, et surtout pas les gestes vagues et les mots incompréhensibles qu'il s'évertue à faire ou à prononcer chaque jour. En ce sens il est lui-même irréductible, incommunicable. " p 116 " - Moi, je ne crois pas à cette nullité. Cette sorte de pathétique m'assomme. Personne n'est noyé. Je crois que chaque homme dessine sa vie à grands gestes volontaires d'une manière éclatante et définitive. Je ne suis pas sensible à la grisaille. Je vois des sentiments lyriques partout, qu'ils s'appellent l'ennui, l'amour, le cafard ou la paresse. " p 117 Roman de l'échec du couple, de la destruction de l'amour, Josée se retire du jeu en renouant avec un ancien amant insipide. La perversité du jaloux a tout détruit de son amour mais il lui faut encore le saccager, cet amant, même pas adroit, y pourvoira. L'impossible amour de Josée pour son mari, c'est un véritable amour et elle ne rêvait que de sortir de la comédie que le petit milieu parisien de Dans un mois, dans un an, décrit.                Haut de page

 Aimez-vous Brahms .. (1959)

Aimez-vous Brahms ?" demande Simon en invitant Paule qu'il admire du haut (ou du bas) de ses vingt-cinq ans. Elle en a trente neuf, aime un homme qui ne vit pas avec elle pour défendre sa propre liberté, celle de Paule, qu'elle n'utilise pas, la voue à la solitude et cette simple question ouvre pour elle une réflexion. N'a-t-elle pas oublié toutes ces questions que l'on peut ainsi se poser ? Sait-elle encore ce qu'elle aime ? Est-elle en mesure d'aimer quelque chose ? Roger, le compagnon "libre", compense les mensonges et les tricheries par " une incessante vitalité et, au fond, un grand contentement d'être qui ne s'arrêtait qu'avec le sommeil. " p 11 C'est en faisant le pitre que Simon, le jeune homme amoureux, gâté, tire la morale de cette société "libre" : " Et je vous accuse de n'avoir pas fait votre devoir d'être humain. Au nom de ce mot, je vous accuse d'avoir laissé passer l'amour, d'avoir négligé le devoir d'être heureuse, d'avoir vécu de faux-fuyants, d'expédients et de résignation. Vous devriez être condamnée à mort, vous serez condamnée à la solitude. " p 49 " Ils sortirent ensemble, il lui prit le bras et ils marchèrent un peu, sans un mot. L'automne montait eu coeur de Paule avec une grande douceur. Les feuilles mouillées, roussies, piétinées, accrochées les unes aux autres ... " pp 50-51 Nous sommes en 1959, d'aucuns ont prononcé la mort du roman et l'émergence d'un "nouveau roman", Sagan renouvelle le roman traditionnel simplement par son contenu, un contenu vieux comme ce moyen d'expression et qui, selon Boylesve, s'attache à la vérité moyenne de la société qu'elle décrit, ici, une petite société parisienne avancée. Elle témoigne avec beaucoup d'empathie pour ses personnages qui vibrent en elle. Le nouveau roman, avec ses théories fumeuses, ses prétentions psychologiques, ne donnera aucune oeuvre à retenir, peu d'écoles mourront ainsi aussi totalement du vivant de leurs auteurs. Le roman peut-être une oeuvre d'art, une thèse, il doit être une vraie tranche de vie. S'il sort de la vie, qu'il soit expérimental ou non, - cela ne signifie pas grand chose -, il n'est rien. Le romancier est un témoin actif, pas un chercheur. Paule n'est pas une femme libre, au-delà de la possible réflexion sur la liberté, il y a le poids des usages, des moeurs, Paule se révolte un temps dans les bras d'un beau jeune homme, un jouet, de la façon dont la traite Roger, mais elle regrette cet homme égoïste qui est une part d'elle, son "maître". "Quand Roger la prenait il était son maître, elle était sa propriété, il était à peine plus âgé qu'elle, tout était conforme à certaines règles morales ou esthétiques qu'elle ne s'était pas jusque-là soupçonnée d'entretenir. " p 162 Paule est une femme en voie de libération, qui souffre tout comme Simon, homme-femme, moins que Roger qui représente le passé, un passé qui va devoir affronter la rébellion à venir. Mais l'auteur va plus loin et Paule est également la femme victime qui demeure attachée par son vécu, par son investissement, à son bourreau. " Peut-être parce que les efforts qu'elle avait faits pour leur amour depuis six ans, ces incessants, ces douloureux efforts lui étaient enfin devenus plus précieux que le bonheur ..." p 164 Elle nous décrit ce par quoi la victime s'attache à son prédateur. A vingt ans, elle voulait être heureuse : é La volonté du bonheur planait sur sa tête, après avoir plané sur la tête de trois générations ..." p 166 Le chapitre XVI qui voit Paule jouir de sa " distraction ", est très explicite. Les hommes ne changent pas, Paule revient à Roger et la dernière phrase du roman sera pour ce dernier : " Je m'excuse, j'ai un dîner d'affaires, je viendrai plus tard, est-ce que ..." p 179     Haut de page

 Château en Suède (1960)

Première pièce de théâtre de Françoise Sagan créée au théâtre de l'Atelier le 9 mars 1960 dans une mise en scène d'André Barsacq, avec Philippe Noiret, Claude Rich et Françoise Brion. Comédie un peu irréelle dans un château perdu et isolé par les neiges durant les quatre mois d'hiver, en Suède. L'héroïne et son mari, bigame qui séquestre sa première femme qu'il a fait passer pour morte et enterrée tout à fait officiellement, vont avoir à affronter et se débarrasser d'un cousin importun et trop curieux qui a découvert cette situation. Cela sera fait avec élégance dans un jeu qui n'est pas sans rappeler certaines pièces radiophoniques de Durrenmatt, dans un ton assez différent. Quelques répliques pourraient faire penser à Montherlant, l'ambiance avoir un lointain parfum de Giraudoux, sur des préoccupations bien de Sagan, c'est bien du Sagan, donc du nouveau à l'époque.

Hugo : ... Quel plaisir prenez-vous à vous moquer d'un autre homme ? Sébastien : Le plaisir le plus bas. Hugo. donc un des plus profonds. Hugo : Vous aimez bien les phrases. hein ? Sébastien : C'est tout ce qui me reste. mon cher. L'intelligence est devenue une chose terrible. à notre époque. Elle vous tourmente vous-même. elle irrite les autres, elle ne convainc ni eux ni vous ... Hugo : Vous philosophez une fois de plus. " pp 26-27    " Sébastien : ... Hugo, fait ce qu'il veut. il a ce qu'il veut et il n'en veut pas plus. Vous avez une meilleure définition de l'homme fort ?" p 81     Haut de page

 La chamade (1965)

La chamade, c'est une batterie de tambour, c'est également quand le cœur s'affole sous l'émotion. Lucile la connaît depuis qu'elle a rencontré Antoine. Françoise Sagan attaque ici un récit autour de deux couples, Charles et Lucile et Diane et Antoine. Charles et Diane sont riches, plus âgés que leurs jeunes partenaires et ils ont du charme. Mais entre Lucile et Antoine, c'est la passion, la passion des corps. " ... elle se sentait si comblée par la vie, elle éprouvait une telle douceur, allongée sur ce lit et peu à peu cernée par l'ombre, elle approuvait tellement l'idée que la terre fut ronde et la vie complexe qu'il lui semblait que rien ne pourrait lui arriver de mal par rien. " p 90 Antoine est jaloux. Combien de temps vont-ils résister à l'attrait qu'ils éprouvent l'un pour l'autre, combien de temps mettront-ils à se rejoindre vraiment après avoir cédé, puis, combien de temps durera leur couple dans les difficultés quotidiennes ? Lucile n'a de place nulle part, elle ne vit que dans le présent, pour le plaisir. Le plaisir, finalement, est difficile, l'argent - son manque -, la jalousie - des autres -, leurs exigences, tout cela est contrariant, épuisant. Ce roman est particulièrement réussi et l'héroïne remarquablement campée. Tout cela se déroule dans le milieu habituel de Sagan, une petite société mondaine parisienne qui, finalement, fait très provinciale. " Au demeurant, c'était une habile personne et elle ne disait du mal de quelqu'un que lorsque c'était indispensable pour n'avoir pas l'air stupide. " p 20 " Elle travaillait dans un journal modeste avant de rencontrer Charles, un de ces journaux qui se disaient de gauche afin de mal payer leurs collaborateurs et dont l'audace s'arrête là. " p 21 " ... elle ne croyait pas aux dettes, que les tabous moraux et sociaux de l'heure l'excédaient et que le souci général, mille fois constaté chez les autres, de se gâcher la vie, avait toujours provoqué chez elle un léger recul, comme devant une maladie honteuse. " p 110 " Il ne comprend pas encore que ce qui fait la force d'une femme, c'est la raison pour laquelle les hommes l'aiment, même si cela couvre le pire. " p 128         Haut de page

 Le cheval évanoui (1966)

Quatrième pièce de Françoise Sagan est une comédie très réussie et agréable dans laquelle elle effleure la difficile vie amoureuse de ceux qui n'ont pas d'argent et pas la moindre envie de travailler. Le ton se veut anglais puisque nous sommes chez un Lord désargenté et une riche Lady sa femme, il permet un humour décalé qui transforme une misérable aventure en comédie de qualité. Le thème est un peu parent de celui qui est abordé dans la chamade, dans un ton très différent. " ... tout ce qui nous rassure dans la vie, sans nous plaire vraiment, nous attache d'une manière affreuse, insidieux comme des serpents. Ces pelouses sont venimeuses et cette belle demeure aussi. On se rend compte qu'il faut être libre de tout pour être libre de soi. Et qu'il ne faut rien supporter, jamais que la passion ; parce que justement, elle n'est pas rassurante. " p 61        Haut de page

 Avec mon meilleur souvenir (1984)

Peu d'écrivains savent nous parler simplement de ceux qu'ils ont aimés ou de ce qui a compté dans leur vie. Dans ce livre qui n'est pas un livre de mémoires, mais plutôt un livre de goût, Françoise Sagan nous dit avec force ses enthousiasmes, ses passions, ses bonheurs. Elle ne se justifie pas, expliquant sa relation au jeu comme à la vitesse, ses rencontres, Orson Welles, Tennessee Williams, Billy Holiday, Rudolf Noureev ou Carson McCullers. Elle s'adresse à Jean-Paul Sartre, nous raconte ses premières fortes émotions littéraires, Gide, Camus, Rimbaud, Proust. Elle raconte le théâtre, son théâtre, comment elle y est venue presque par hasard avec Un château en Suède. C'est en fait toujours d'elle qu'elle parle, avec une grande pudeur, on a l'impression de l'approcher mieux, sinon de la comprendre, de la suivre. Simplement, elle a l'art de dire des choses graves ou belles ou les deux à la fois, en passant. Sagan c'est beaucoup de talent, beaucoup de gentillesse, un destin exceptionnel et une aventure.

Aux questions que l'on peut se poser en lisant Bonjour tristesse, en pensant à l'âge de l'auteur quand elle écrit ce premier roman, Sagan répond en partie en évoquant ses premières lectures, ses grandes émotions. Les nourritures terrestres à treize ans, L'homme révolté à quatorze, Les illuminations à seize, Elle parle "du parcours du combattant le plus classique", sauf peut-être l'âge pourrait-elle ajouter. Evoquant une relecture tardive des nourritures, elle écrit : "La foudre, elle aussi, peut se tromper en distribuant ses coups." Je me suis toujours défié de ceux qui fuient l'ennui, c'est aussi parce que je pense qu'on ne peut connaître l'ennui que parmi les autres. Serait-ce autre chose que la ferveur qui conduisait cette femme dans sa vie échevelée ? En forme de parcours rapides ? En approchant par la lecture, Françoise Sagan, je ressens d'abord une très forte empathie, puis, presque immédiatement, je commence à tourner autour du mystère de l'autre. L'autre différent, l'autre qui devrait derrière cette différence, renfermer quelque chose de profond et de commun, le mystère qui de mystère de l'autre deviendra mystère de nous puisque cette chose commune, je peine à la définir, à la définir et à la reconnaître. Pour un vrai solitaire comme moi, c'est un grand moment de bonheur quand la lecture d'un écrivain fait naître avec force ces deux sentiments : sensation profonde de communauté et sensation du mur d'incompréhensibilité que suscite toujours en nous l'autre différent. Je dirais que face à un écrivain très présent dans son œuvre, Gide, Drieu, par exemple, ces deux sensations existent toujours, ce qui change c'est leur rapport, c'est la place occupée par chacune. Disons, en ce qui me concerne, qu'avec Gide ou Drieu la différence [d'avec moi] est cette part d'eux que je peux oublier alors qu'avec Françoise Sagan, elle est au contraire cette part d'elle qui s'impose à moi. La différence [d'avec moi] de F. Sagan est ce qui me la rend proche quand pour Gide et Drieu elle m'éloignerait d'eux - de leurs œuvres si elle dominait. Sagan est l'autre que je peux aimer, qui me touche quand je retiens de Gide ou Drieu le moi que je reconnais et que je cherche. L'image de cette petite jeune fille, bien élevée, qui était la sienne lors de la parution de Bonjour tristesse, semble tout contenir. Je n'aime pas trop ce qu'elle a fait de cette image mais, paradoxalement, ce parcours me la rend "sensible" et je ressens qu'elle est peut-être toujours restée cette petite jeune fille d'apparence bien élevée, capable d'écrire à dix-sept ans, Bonjour tristesse, simplement jetée dans une vie trépidente amplifiée par le succès, mérité, qu'elle qualifiera quand même de "bâclée", rejoignant en cela Drieu qui ne tarissait pas de critiques sur son œuvre.        Haut de page

 Les violons parfois (1962)

Cette seconde pièce de Françoise Sagan, écrite sous l'instigation de Marie Bell qui devait la monter au Théâtre du Gymnase, fut un four et ne connut selon ce qu'en dit l'auteur dans Avec mon meilleur souvenir que dix-sept représentations, malgré la présence sur scène de Marie Bell et Pierre Vaneck. La pièce pourrait être résumée en tant que la comédie de la dérision de l'Idiot - celui de Dostoïevski - qui est d'ailleurs rapidement évoqué dans la pièce. Totalement amorale, elle est peut-être plus séduisante à la lecture qui permet mieux de savourer les dialogues, qu'à la scène. "Tu ne trouves pas admirable qu'un homme préfère ses cigares à sa vanité ? Quelle leçon d'humilité pour tous les crétins qui tuent leur femme infidèle, se suicident pour un échec professionnel, ennuient tout le monde quoi. " p 126 Charlotte, comme celle de Werther, est finalement une héroïne bien "saganesque" : " J'ai toujours dit que je ferais ce qu'il me plairait de faire. " p 126            Haut de page

 Des yeux de soie (1975)

Premier recueil de nouvelles de Françoise Sagan, ce livre contient dix-neuf nouvelles bien polies. Il révèle un vrai talent pour cet art plutôt dévalué en France malgré le grand maître du genre : Maupassant. Françoise Sagan prend ses héros, le plus souvent des femmes, au moment où une petite chose, un événement fortuit, fait basculer leur vie sans bruit et sans heurt. Ainsi, elle piste plutôt qu'elle traque, la force et la faiblesse de l'homme et de la femme. Elle a elle même dévalué cet art de la nouvelle dans Avec mon meilleur souvenir, le classant avec le théâtre dans la facilité. Facilité, peut-être, mais alors pour un auteur doué et c'est son cas. On retiendra par exemple le cas de cette Lady qui descend à Lyon pour rompre avec son commissaire priseur d'amant, vraiment d'un milieu trop différent, trop étriqué, et qui, parce qu'elle est restée coincée une heure dans les toilettes de son wagon, ne fera que lui demander : " Et quand voulez-vous que nous nous marions ?"                Haut de page

 La garde du coeur (1968)

Ce roman est plutôt un conte. Le récit est plus fluide que celui des romans de mœurs. Françoise Sagan nous emmène à Hollywood, chez une actrice ratée devenue dialoguiste à la chaîne qui est la narratrice. Elle a la bonne quarantaine, est encore belle, envisage même de se marier, quand un jeune homme, très beau, plein de LSD, vient se jeter sous les roues de la Jaguar de son amant. Ce jeune homme qui s'en tirera et qu'elle adoptera, est en fait son ange gardien. Un ange gardien un peu particulier, presque de cauchemar ... On peut difficilement en dire plus de cette intrigue sans trop déflorer un texte bien agréable et très impertinent. Il n'y a de maxime qu'implicite à la fin du texte, le lecteur demeure libre de penser ce qu'il veut ; on retrouve sous un genre nouveau, l'innocente et tranquille provocatrice de Bonjour tristesse et de Un certain sourire.

Mais il fallait bien se rendre : après huit jours de fleurs, de coups de téléphone, de sous-entendus et de sorties en commun, une femme de mon âge se doit de céder, tout au moins dans nos contrées. " p 12 " On est assez mesquin avec les morts : à peine le sont-ils qu'on les enferme dans des boîtes noires, bien fermées, puis dans la terre. " p 40            Haut de page   

 Un Sang d'aquarelle (1987)

Constantin von Meck, metteur en scène doué et réputé se trouve en discrédit à Hollywood. Abandonné par sa femme la belle et célèbre actrice Wanda Blessen, il n'hésite pas en cette année 1937, à rejoindre l'Allemagne nazie où il devient un protégé de Goebbels, le puissant ministre de la propagande. Là, ayant refusé de tourner des films antisémites, il tourne à la chaîne de mièvres comédies romantiques au goût allemand pour la U.F.A., la société de production de la propagande nazie. Constantin est un géant et un de ces hommes doués pour la vie qui ne voient pas, autour d'eux, tout ce qui pourrait la contrarier. Aussi fait-il quelques remarques sur cette Allemagne qui bruisse de pas de bottes et de saluts clownesques, mais il se contente d'en prendre la mesure du ridicule. Deux de ses protégés juifs à qui il a procuré de faux papiers, sont arrêtés sur la dénonciation du métèque aryanisé, représentant de l'U.F.A. qui le surveille pour compte de la gestapo sans qu'il s'en aperçoive. A partir de ce fait, Constantin va entrer dans le réel de la vie du troisième Reich. Françoise Sagan nous mène à l'horreur tout en suivant le petit monde d'un salon parisien sous l'occupation et sur les lieux d'un tournage dans le midi. Constantin a renoué avec Wanda, sa femme pour toujours, pour la réalisation de la Chartreuse de Parme. Le destin des hommes est marqué, délimité par l'histoire. Constantin ni son protégé gitan, Romano, n'y échapperont. Une fin, qui pour cet américano-allemand sera en forme de fuite devant l'horreur dans laquelle il s'était inconsciemment laissé entrainer. Ce roman est très réussi, un des meilleurs de l'auteur, il explore le passé proche, celui qui l'a bercée enfant et dont on ne pouvait sortir indemne.

Pages 167 à 170, des remarques intéressantes sur la Chartreuse de Parme, faites par Wanda, la Sanseverina. " Enfin, dit Wanda avec une bonne humeur si fausse qu'elle était pire que tout, enfin ! Je finissais par avoir mal au coeur [ on a cessé de faire bouger le tilbury dans lequel elle avait pris place ] Il faudrait décidément mieux que vous ne disiez pas cette phrase, mon cher Ludwig. Les quinquagénaires, en tout cas les actuels, ne sont plus ceux de Stendhal. Le quinquagénaire s'il est pauvre, voudrait avoir de l'argent pour que les femmes l'aiment et le quinquagénaire s'il est riche voudrait que les femmes l'aiment pour autre chose que son argent ... Vous voyez comme c'est simple ! En plus le quinquagénaire est arrogant, de mauvaise humeur, douillet, menteur et rancunier. Enfin, je parle de ... l'Amérique, bien entendu." p 260           Haut de page

 De guerre lasse (1985)

Ce roman, précédant de deux ans Un sang d'aquarelle, se déroule également dans le cadre de l'occupation nazie de la France. Mais ici encore plus que dans le premier où les personnages étaient le jeu des événements, l'intrigue est une intrigue privée. Leurs situations proviennent de la guerre et de la lutte, mais la rencontre d'Alice et de l'ami de son ami, Charles, est de ces rencontres qui brûlent. Françoise Sagan excelle à décrire, faire sentir, ces chocs de deux personnes vouée l'une à l'autre au moins pour un temps ainsi que l'autre liaison, celle d'Alice et Jérôme, liaison de circonstances, de sauvetage. Les occupants apparaissent peu dans ce roman pourtant bien marqués sans être caricaturés. Charles qui jouit de sa vie simple de jouisseur heureux, réfugié dans sa vallée heureuse, ignorant du conflit, va se trouver projeter dans la réalité. Quelques événements directs, somme tout assez peu importants, et d'autres, plus éloignés, vont l'ébranler sans pourtant lui faire perdre ce goût du bonheur qui est le goût de la vie.

" Pour partager quelque chose ou quelqu'un, il faut l'avoir, et l'un et l'autre devait bien savoir qu'ils ne l'avaient pas. On ne possède jamais quelqu'un. Il arrive que l'on tienne à quelqu'un et que, de ce fait, quelqu'un vous tienne, le temps que vous dure ce sentiment pour lui. Mais posséder qui que ce soit ! " p 176 " Ignorait-elle que pour lui comme pour n'importe quel homme, c'était la terre, la glaise, le sang, la peau, la chair d'une femme qui importait d'abord, avant plus que tout. Ignorait-elle que si le corps sans le cœur n'était pas le paradis, le cœur sans le corps était l'enfer ?" p 196

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